Procès du putsch de septembre 2015 : Le sergent Jean Martial OUEDRAOGO, un des pilotes moto

Au tribunal militaire de Ouagadougou, les jours se suivent et se ressemblent quasiment. Dans la matinée de ce mercredi 22 août 2018,  c’était le sergent Zoubélé Jean Martial OUEDRAOGO qui était devant le juge Seydou OUEDRAOGO pour son grand déballage. A l’instar de certains de ces frères d’armes qui y sont déjà passés dans le cadre des évènements du putsch du 16 septembre 2016, le sous-officier n’a pas reconnu les faits qui lui sont reprochés.

« Je ne reconnais pas les faits » a déclaré le sergent Zoubélé Jean Martial OUEDRAOGO au président du tribunal Seydou OUEDRAOGO, lorsque celui-ci a dégrainé le chapelet de faits qui lui sont reprochés. Il est notamment poursuivi pour complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, meurtre et coups et blessures volontaires qui sont les conséquences prévisibles de l’attentat à la sureté de l’Etat.

 

Selon son récit, le 16 septembre 2015, il a été envoyé par l’adjudant-chef  YARO dont il est l’adjoint à la cellule vivre de l’intendance du Conseil de l’entente pour récupérer une restitution de fonds au palais présidentiel. Après avoir effectué la mission, il a remis l’argent à l’adjudant-chef YARO et a rejoint son bureau qu’il partage avec le sergent Justin BAKO. Au bureau, le sergent BAKO, après avoir reçu un appel émanent d’un civil l’apprenait qu’il y avait une attaque à la présidence. Une information qu’il a pris avec des pincettes, car de son passage au palais présidentiel, tout lui paraissait normal. Il a donc quitté son bureau pour aller chercher des informations par rapport à ce qu’il venait d’entendre. C’est là qu’il a croisé l’adjudant-chef YARO qui l’a sommé d’aller se mettre en tenue correcte et de le suivre au camp, car il y avait des mouvements. Une fois, à destination, il a participé à un rassemblement dirigé par le chef de corps par intérim. Celui-ci dans son adresse à demander aux éléments de garder le calme et d’attendre, car des voix plus avisées allaient leur faire le point de ce qui se passait exactement. Dans ce méli-mélo, il a été désigné par l’adjudant KINI pour faire la ronde et être en appui moto au niveau du ministère de la défense et des anciens combattants au regard de la formation de pilote moto qu’il a en plus de sa casquette de financier.

 

Dans la matinée du 17 septembre, il dit avoir attendu l’heure du rassemblement, c’est-à-dire 8h pour se rendre au carré d’arme, mais en cours de chemin, il a rencontré le lieutenant GORGO qui l’informait que le rassemblement s’est tenu à 7h, donc plus tôt que prévu. Toutefois, ce supérieur lui a donné l’ordre de se rendre à la place de la nation pour voir si des éléments du RSP s’y trouvaient, car beaucoup manquaient au rassemblement. C’est ainsi qu’en compagnie du caporal LANKOUANDE, il s’est rendu à moto à la place de la nation où à travers la tenue il a pu reconnaitre des jeunes du régiment qui s’y trouvaient. Mais pour cette mission qui n’a pas duré plus d’une trentaine de minutes, le sous-officier dit avoir donné l’ordre à son subalterne de ne pas faire usage de son arme. Cette mission selon lui a pris fin avec l’appel du lieutenant qui leur ordonnait de venir réintégrer la moto.

Ces déclarations du sous-officier n’ont pas convaincues le parquet, car selon le procureur, elles sont en déphasage avec celles que l’accusé a faites pendant l’interrogatoire au fond. « Vous vous êtes rendus à la place de la nation pour d’autres fins, car devant le juge d’instruction, vous aviez dit que c’était pour le renseignement sur la situation qui y prévalait… Dans votre interrogatoire au fond, vous aviez dit être sur l’axe messe des officiers avec votre copilote et un pick up contenant au moins une dizaine d’éléments et votre mission était d’ouvrir la voie », a-t-il signalé. Mais le sous-officier campe sur le fait que la nature de sa mission était l’appui mobile pour la journée du 16 septembre et la vérification pour le 17 septembre. Mieux, il estime qu’il y a eu une incompréhension de la part du juge d’instruction, car il lui expliquait en quoi consistait habituellement la mission d’un pilote moto, mais ne lui disait pas que c’était ce qu’il avait fait ce jour-là. Mais pour le parquet militaire, cette explication est titrée par les cheveux, car le juge d’instruction de par sa casquette de militaire ne pas ignorer les prérogatives d’un pilote moto au sein de l’armée.

 

Aussi, le sergent Zoubélé Jean Martial OUEDRAOGO dit n’avoir eu vent de l’arrestation des autorités de la Transition qu’après la journée du 17 septembre et cela, à travers la télévision où le colonel BAMBA annonçait selon lui le couvre-feu et annonçait la naissance du Conseil national de la démocratie (CND). Une déclaration qui convainc les avocats de la partie civile, notamment Me Séraphin SOME de la « mauvaise foi plus que manifeste » de l’accusé car selon lui, ce n’est pas le colonel BAMBA qui a annoncé l’instauration du couvre-feu. De plus pour lui, « au moins dans la matinée du 16 septembre, il était au courant du coup d’Etat ». Toute chose qui a fait réagir le conseil du sous-officier. « En matière pénale, on ne s’appuie pas sur des inductions. Je ne sais pas dans quelle boule de crystal, il (Me SOME) a vu cela. Sa déclaration est péremptoire »,  a fait remarquer Me DABONE.

 

Pour le conseil de l’accusé, à ce stade, la poursuite n’a pas d’éléments tangibles et matériels qui puissent justifier la présence de son client devant la barre. Mais pour le parquet, au regard des déclarations du sergent Zoubélé Jean Martial consignées dans le procès verbal, celui-ci a bel et bien soutenu ce coup de force perpétré en septembre 2015 par des éléments de l’ex RSP contre les autorités de la Transition dont les meurtres et les coups et blessures qui en ont résulté sont les conséquences prévisibles.

 

Alex SAWADOGO

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