Opération caisse vide : Un échec reconnu par Hamadi Konfé

Ce lundi 11 juin 2018, débute sur toute l’étendue du territoire burkinabè, l’opération caisse vide lancée par le Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) dans le but d’amener les autorités burkinabè à satisfaire sa plateforme revendicative. Afin de constater le suivi de ladite opération par les agents, nous avons fait le tour de certains centres où nous nous sommes entretenus non seulement avec certains agents, mais aussi les responsables.

Cela fait des mois que le Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) multiplie les actions, afin de contraindre le gouvernement à se pencher sérieusement sur sa plateforme revendicative. L’arrêt de travail demeure la principale action utilisée pour faire pression sur l’exécutif. Si malgré les multiples mots d’ordre de grève lancés, le gouvernement est resté muet, le syndicat ne désespère pas pour autant. Afin donc d’avoir gain de cause, elle a décidé de changer de stratégie. C’est ainsi qu’elle a lancé l’opération caisse vide, qui a débuté le lundi 11 juin, pour prendre fin le dimanche 17 juin 2017. A en croire le secrétaire général de la sous-section du SYNTSHA au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHUYO), Hamadi Konfé, l’opération caisse vide, consiste à soigner gratuitement les malades sans les envoyer à la caisse. En français facile, c’est soigné les malades sans que ces dernier ne paient un seul rond. Si le syndicat espère qu’à travers cette nouvelle forme de lutte, il pourra faire pression sur son adversaire d’en face à s’avoir le gouvernement ; le constat fait au cours de ce premier jour est que l’opération n’est pas suivie, pour ce qui est de l’hôpital Yalgado Ouédraogo. Hamadi Konfé le confirme d’ailleurs quand il a reconnu que le début de ladite opération fut un échec. Il accuse la direction de l’hôpital d’en être la responsable. Pour justifier ses propos, le SG de la sous-section du SYNTSHA de l’hôpital Yalgado confie qu’afin de casser la lutte, elle a mis en place au sein de l’hôpital, une équipe de recouvrement dont chaque membre est rémunéré 15 mille francs par jour. Le rôle des agents constituant ladite équipe selon ses explications, est d’obliger les patients à se rendre à la caisse avant de recevoir les soins. Bien évidemment les patients se dirigent à la caisse où ils payent les soins avant de revenir rencontrer les praticiens qui doivent les prendre en charge. C’est le cas de certains accompagnants rencontrés à la caisse, et qui n’ont pas souhaité se présenter. Ils ont néanmoins confirmé s’être rendu où ils ont payé avant que les soins ne soient administrés à leurs malades.

Un échec qu’il va falloir analyser

Il n’y a aucun doute, le début de l’opération est un fiasco. Les responsables du SYNTSHA le savent, mais ne désespèrent pas pour autant en témoigne les propos de Hamadi Konfé : « nous allons nous retrouver pour voir les difficultés qui se posent et quoi faire pour le réajuster ». En attendant la prochaine rencontre, l’agent de santé se fait un peu plus menaçant : « si au bout de la semaine, on constate que le gouvernement garde sa position nous allons engager une autre lutte ». Tout en rappelant que ce n’est pas de gaieté que les agents observent les mots d’ordre de grève, il espère que d’ici la fin de la grève, le gouvernement va appeler le SYNDICAT pour discuter. « Dans le cas contraire, une grève total n’est pas exclue et ça va venir si le gouvernement refuse de régler le problème » a-t-il soutenu.
En attendant le bilan qui sera fait à la fin de la semaine, le travail se poursuit à Yalgado tout comme au Centre hospitalier universitaire pédiatrique. La particularité de ce centre de santé, c’est que ce sont les enfants âgés de 0 à 14 ans qui y sont pris en charge. Pour ce qui est des enfants dont l’âge est compris entre 0 et 5 ans, leur prise en charge est gratuite depuis plus de deux ans déjà grâce à la politique de la gratuité des soins voulue par le gouvernement et appliquée dans tous les centres de santé. Ce qui nous intéresse ici, c’est le suivi ou non du processus mis en place pour la prise en charge des bébés. A en croire le directeur général de la Pédiatrie, Malick Djébré, le processus est suivi normalement. Un tour à l’unité d’urgence, au laboratoire, au service d’enregistrement, à la caisse et même une rencontre avec le chef de service dépense dudit hôpital, nous ont confirmé que le processus est suivi normalement. Ceci confirme l’échec de l’opération caisse vide. A en croire le premier responsable du centre, l’opération en question ne peut pas être un succès dans son centre de santé. Il s’explique : « pour être pris en charge, il faut soit payé si on doit payer, soit être exonéré si on doit l’être et cela se fait dans la gestion administrative des patients. Cela veut dire que l’on a à faire d’abord à celui qui enregistre le patient ; qui lui dit combien il doit payer avant qu’il n’ait accès au médecin traitant, si bien que le patient n’a pas accès directement à celui qui soigne. Ce n’est pas le cas des hôpitaux où c’est le médecin traitant qui vous dit ce qu’il faut payer à a caisse avant de recevoir les soins. Chez nous, on a à faire dans un premier temps, à un service administratif qui enregistre le patient, qui lui dit combien il doit payer avant qu’il ait accès au médecin traitant. Cela signifie que si ce personnel administratif n’est pas en mouvement l’opération caisse vide ne peut jamais prospérer chez nous ».

Quand l’opération caisse vide ne rencontre pas l’assentiment de tous

Un constat fait au cours de notre tournée, c’est que l’opération caisse vide n’est pas approuvée par tous les agents intervenants dans les différents centres de santé visités. Afin d’éviter d’être vu comme des « traitres» par les grévistes, ils ont tous refusé de se faire enregistrer. Cependant en off, ils se sont livrés à cœur ouvert. Sans exception, ils ont tous condamné le mouvement que beaucoup ont jugé exagéré. Des caissiers tout comme des médecins traitants qui n’ont pas souhaité se dévoiler ont désapprouvé l’opération.
Il faut rappeler que le ministre de la Santé, avait prévenu les grévistes qu’ils auront à payer ce que l’Etat aura perdu au cours de la mise en exécution de la grève avec leur salaire. A cette mise en garde, la réponse de Hamadi Konfé est la suivante : « le ministre a fait une déclaration, nous attendons la suite. Mais tant que nos préoccupations ne seront pas résolues, nous serons sur le terrain de la lutte ». C’est un avis partagé par le secrétaire général adjoint du SYNTHA, sous-section de Charles De Gaul, Souleymane Ouattara.

Thierry AGBODJAN

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