Procès attaque contre le dépôt d’armement de Yimdi : La parole reste toujours à la défense

Les avocats commis d’office des éléments de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) accusés d’être impliqués dans l’attaque de la poudrière de Yimdi ont débuté les plaidoiries de leurs clients le mardi 4 avril 2017 au tribunal militaire. Ils ont plaidé non coupable en ce qui concerne plusieurs chefs d’accusations et on invité le tribunal à la clémence et l’indulgence en ce qui concerne la désertion en temps de paix.

Le procès des éléments de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) est entré dans sa ligne droite ce mardi 4 avril 2017. Après les récits des accusés, ceux des témoins, c’est autour des avocats de procéder à la plaidoirie de leurs clients. Si certains avocats ont plaidé pour un acquittement, d’autres par contre ont plaidé pour une indulgence ou une clémence de la part du tribunal. C’est le cas par exemple de l’avocat du sergent Ollo Stanislas Poda, Me Odilon Gouba qui a demandé au tribunal d’être indulgent envers son client. L’indulgence est une qualité propre au peuple burkinabè a-t-il assuré. En guise d’exemple, il a rappelé à l’assemblée que des individus ont déclaré dans ce pays avoir dîné avec le diable. Après des mea-culpa, le peuple burkinabè leur a accordé son pardon à travers des élections. Il estime à cet effet que si certains ont été pardonnés pourquoi pas d’autres comme son client par exemple. Si l’avocat reconnait que ce dernier a fauté et qu’il a conscience de son erreur, il pense qu’il mérite une seconde chance afin de lui permettre de se racheter. D’après lui, le fautif est déjà « cassé » ; par conséquent, il a invité le tribunal à ne pas le casser encore plus. (…)
A la fin de sa plaidoirie, le président du tribunal a donné la parole à l’intéressé à savoir le sergent Ollo Stanislas Poda de s’exprimer. Dans son intervention, il a été très bref et surtout très humble. « Je remercie le tribunal de me donner l’occasion de m’exprimer. Je n’ai que deux mots à dire qui sont : pardon et clémence. En effet, je demande non seulement pardon à la hiérarchie militaire ; mais aussi la clémence » a-t-il déclaré avant de rejoindre sa place sur le banc des accusés.

Plaidoirie des soldats 2e classe Saïdou Soulama et 1ère classe Amadou Zongo

« Les chrétiens disent que Dieu est sauveur ». Ils y croient et ce n’est pas l’avocat du 2e classe Saïdou Soulama et de la 1ère classe Amadou Zongo, Me Willy Dieudonné qui ne croirait pas. Il s’emble qu’on n’a pas besoin d’être à l’église avant de faire appel au Tout puissant quand la situation l’exige. En effet, à sa prise de parole, pour plaider la cause de ses deux clients, l’homme de droit a fait appel à ses connaissances bibliques. C’est dans ce sens, qu’il a invité tous ceux qui vont décider du futur des deux accusés qu’il défend à méditer la parabole de Psaume de Saul de Tasse dans le silence quand ils vont se retirer pour délibérer. Dans son boubou d’évangélique, il a rappelé à la Cour que dans ledit livre, Saul de Tasse est le prototype du mal, le prototype de la faute. « Si à un moment de sa vie, il a persécuté des familles, tués des gens, il s’est converti par la suite et est devenu un bon chrétien » a rappelé l’avocat. Il relève à cet effet que si la société l’avait jugé, si elle l’avait condamné, il n’allait pas se repentir et devenir l’homme qu’il est devenu finalement. Par conséquent conclu-t-il, « jugé n’est pas punir, jugé n’est pas sanctionné, mais aider le fautif à se relever et à rentrer sur le droit chemin ». S’il reconnait que ces clients ont déserté en temps de paix, il estime cependant qu’il serait judicieux de reconsidérer le chef d’accusation qui devrait être « désertion en période trouble ». D’après lui, après le coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015, ses clients étaient dans une situation dans laquelle n’importe qui, qui se retrouve dans la même situation ne pouvait agir autrement que de chercher à protéger sa vie. D’après lui, les accusés n’ont pas déserté parce qu’ils le voulaient. Ils l’on fait par instinct de survie. Il explique son argument en déclarant que tuer un élément de l’ex-RSP à l’époque ne choquait personne. « La vie d’un RSP à cette époque ne vaut pas celle d’une mouche » a-t-il ajouté. Pour preuve a-t-il confié, « une bande défilant disait Django j’ai tué sept RSP avec une balle et cela ne choquait personne, l’autorité ne réagissait même pas ». Il pense que si à l’époque, l’on avait regroupé ceux qui sont considérés comme étant la source de tous les maux du Burkina Faso selon ses mots, dans un endroit, ils seraient attaqués.
Si le parquet a requis une peine de trois ans d’emprisonnement à ses clients, l’avocat trouve trop lourde ladite peine. Pour lui, une telle sentence a pour objectif de les détruire ce qui ne devrait pas être le but visé par le présent procès a-t-il soutenu. Sa question est de savoir si jamais ils sont condamnés à une telle peine, pourront-ils réintégrer les rangs après les avoir purgé ou non ? D’après lui, même si la hiérarchie militaire ne veut plu d’eux, la société burkinabè ne les rejettera pas pour autant car elle a besoin d’eux. « Les condamnés ne sera pas la solution » a-t-il rappelé à la Cour.
En ce qui concerne le complot militaire, Me Willy Dieudonné a estimé qu’il n’y a pas de complot. Pour argumenter, il a rappelé au président du tribunal que le sergent-chef Ali Sanou avait avoué lors de son audition qu’il a préparé seul l’attaque et que c’est sur le pont de Yimdi qu’il a informé ses frères d’armes. Convaincu de l’innocence de ses clients il a posé la question de savoir : « où se trouve le complot, où se trouve la conspiration ». Estimant qu’il n’y a aucune preuve de culpabilité des deux accusés, il a fait comprendre au président qu’il ne peut pas les condamner.
A la suite de son mea-culpa, ses clients ayant pris la parole, la 2e classe Saïdou Soulama en premier a déclaré se remettre à la décision du tribunal. Quand à la 1ère classe Amadou Zongo, il est revenu sur les circonstances de son arrestation et n’a pas hésité à accuser la gendarmerie de torture. La mort de son collègue en détention en est une preuve car « il n’a pas reçu des soins alors qu’il était soufrant » a-t-il révélé. Avant de rejoindre le banc, il a rappelé à la Cour que lors de son arrestation, il a perdu du matériel qu’il souhaiterait retrouver.

La défense de Yssouf Traoré

Me Yacouba Traoré, chargé de défendre le militaire Yssouf Traoré a confié à la Cour que son client se retrouve devant elle par erreur judiciaire. Il estime qu’il n’y a aucune preuve de sa culpabilité dans les chefs d’accusations portés contre lui. Pour sa défense, Il relève que les chefs d’accusations qui lui sont reprochés sont du fait qu’il est un élément du RSP. Il a en effet remis en cause l’enquête effectuée par la police judiciaire et a tenu à rappeler à qui veut le savoir que la justice ne commence pas dans le palais de justice mais au commissariat. Il est alors revenu sur les cas de tortures révélés par les accusés durant leur témoignage. Pour lui donc son client a été au mauvais endroit au mauvais moment.
En ce qui concerne le complot militaire, l’avocat commis d’office a démontré que géographiquement il était impossible à son client de prendre part à l’attaque, car il était à Bobo-Dioulasso le 22 janvier 2015. Les aveux consignés dans la déposition de l’élément Yssouf Traoré ne sont que de pures inventions de la part de ceux qui l’ont auditionné a-t-il soutenu. Il estime à cet effet que pour les condamner, il faudrait que le parquet fournisse des preuves solides et non se focaliser sur des déclarations.
Pour ce qui est de la désertion en temps de paix, l’accusé avait déjà prévu de démissionner tout simplement parce qu’il ne se retrouvait plus dans son corps, parce qu’il se sentait persécuter a soutenu Me Yacouba Traoré. C’est la manière dont il s’est pris qui doit lui être reproché dans ce dossier a-t-il estimé. D’après lui en effet, son client a décidé de démissionner mais pour des formes qu’il ne maîtrise pas, est parti sans aviser sa hiérarchie.
C’est donc sûr de l’innocence de son client, qu’il a demandé au tribunal de l’acquitter. Son souci est qu’il a été formé aux frais de l’Etat, et il est toujours opérationnel, pour servir sa Nation. En le condamnant, le tribunal ne rend pas service à la Nation a-t-il déclaré. Pour conclure, il a rappelé qu’en l’envoyant en prison, il sera une charge pour l’Etat alors que dehors, il va produire pour ce dernier.
Comme les autres avant lui, Yssouf Traoré se remet au tribunal tout en demandant clémence.
Il faut dire que les plaidoiries ne se sont pas arrêtées à ces trois. En effet, d’autres avocats ont également plaidé en faveur de leurs clients. Parmi eux, celui qui a su selon notre interprétation apporter véritablement un plus à son client est Me Alexandre Sandwidi, avocat du caporal Desmond Toé. Ce dernier ne s’est pas attardé sur des suppositions, mais a procédé par une démarche méthodique pour remettre en cause le travail effectué par le parquet. Ceci n’est que notre impression car le dernier mot renvient au tribunal ; et c’est à lui de décider.

Thierry AGBODJAN

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