Procès de l’attaque de Yimdi : La défense plaide pour la réintégration dans l’armée du sergent-chef

Le procès des éléments de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) s’est poursuivi le mercredi 5 avril 2017 au tribunal militaire avec les plaidoiries. Pour la huitième journée dudit procès, la plaidoirie la plus attendue est celle de celui qui est considéré comme étant le cerveau du groupe, le sergent-chef Aly Sanou.

Il est au centre du procès des éléments de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) accusés dans le dossier de l’attaque contre le dépôt d’armement de Yimdi. Le sergent-chef Aly Sanou, c’est de lui qu’il s’agit. C’est avec grand intérêt que l’opinion nationale a suivi son témoignage à la barre. Pour cette huitième journée, c’est sa plaidoirie qui était la plus attendue. C’est chose faite ce mercredi 5 avril 2017. Comme ses co-accusés, son avocat Me Fabrice Faco Ouattara a plaidé non seulement la clémence mais aussi sa réintégration dans l’armée. La clémence parce qu’il a reconnu les charges qui pèsent contre lui et les assument selon son avocat. Sa réintégration, parce que c’est un militaire accompli, pétri d’expérience, intègre dont à besoin l’armée burkinabè a-t-il ajouté.
Revenant sur les chefs d’accusations dont répond son client, Me Fabrice Faco Ouattara estime que le complot militaire n’a jamais existé dans ce dossier. Pour preuve, il pense que l’intension de l’accusé n’était pas de prendre ni le commandement de l’armée, ni le pouvoir. Il s’agissait d’une attaque préparée seul, sans l’aide de qui que ce soit a-t-il rappelé ; avant d’ajouter que lors de son passage à la barre, il l’avait confirmé et avait même demandé l’abandon de cette charge contre ses co-accusés étant donné qu’il a décidé d’assumer l’entière responsabilité. Pour le conseil, la requête introduite par son client doit être prise en compte tout simplement parce qu’en terme de complot, le dossier ne comporte aucun élément constitutif dans ce sens.
Accusé pour désertion en temps de paix, le conseil lui trouve une circonstance atténuante. La question posée par ce dernier et qui a fait sourire bon nombre dans la salle d’audience est : « Si le grand patron s’en va, que feront les sujets » ? A travers cette question, l’avocat de la défense a tenté de faire comprendre à la Cour que son client était dans une situation où il n’avait d’autre choix que d’agir ainsi. Pour la petite histoire, le sergent-chef a en 2011 contribué à interpeller des individus qui ont été libérés par la suite et sont revenus le narguer a narré Me Fabrice Faco Ouattara. En bon soldat, il a également dénoncé un coup d’Etat que préparait le Premier ministre Yacouba Isaac Zida qui lui a promis 60 millions de francs CFA, une villa, une formation a ajouté la défense. Il regrette qu’à l’époque, personne ne l’a cru, personne n’a cherché à savoir s’il disait vrai ou pas. Pour l’avocat, si la justice avait réagit, le sergent-chef Aly Sanou, ne serait pas dans cette situation. Il n’allait pas chercher à entreprendre l’acte qu’il a posé a-t-il souligné. Il estime pour sa part que le silence de la justice a conduit son client à réagir pour sauver des vies et non pour tuer comme veut le faire croire le parquet. D’après lui, l’accusé tout comme ses frères d’armes, a pendant des mois fait l’objet de menaces. S’il l’a signalé à sa hiérarchie, cette dernière n’a pas daigné se préoccuper de sa situation a confié l’homme de droit. Il estime qu’à partir de cet instant, il ne se sentait plus en sécurité, d’où sa décision de protéger sa vie en franchissant la frontière. La désertion reprochée à son client n’a pas lieu d’être, car ce dernier a agit sous la contrainte de partir afin de protéger sa vie qui était menacée.

Le sergent-chef Aly Sanou n’est pas un voleur

Si le sergent-chef Aly Sanou est accusé de faits de vol aggravé, son avocat n’est pas de cet avis. Si on en croit Me Fabrice Faco Ouattara, l’élément de l’ex-RSP ne s’est pas rendu à Yimdi pour voler. Il est allé, pour récupérer des RPJ 7 et des requêtes qu’il n’a pas trouvés. L’avocat estime d’ailleurs qu’à partir de cet instant sa mission était achevée. Pour preuve complète-t-il, le groupe qui s’est rendu sur le site n’a rien emporté d’autres que les armes abandonnées par les forces de défenses chargées de la protection du site et qui se sont enfuis selon ses dires. Son explication à cette action est de mettre en sécurité les armes abandonnée afin d’éviter qu’un premier venu ne s’en sert à des fins criminelles. Pour lui l’acte posé mérite d’être félicité au point où il se demande : « Oui il a volé, mais à quel fin ? ».
Pour le conseil, le sergent-chef Sanou est un garçon intègre qui a reçu une formation de haut niveau dont doit bénéficier l’armée burkinabè. Il ne mérite pas d’être condamné car c’est un homme intègre qui ne trahit pas, qui ne peut pas être acheté ni avec une villa, ni avec 60 millions a-t-il souligné. Le conseil pour sa part a demandé au tribunal d’être clément non seulement en vers son client, mais aussi avec les autres inculpés car « une faute avouée est à moitié pardonnée » a-t-il rappelé : pour dire que l’accusé a reconnu sa faute. Il a également invité la Cour à garantir sa libération et sa réintégration car c’est un militaire accompli, et l’armée a besoin de son expérience, de son courage a-t-il indiqué. Si le parquet a requis une peine de 20 ans d’emprisonnement ferme contre le militaire, la défense ne partage pas cet avis et l’a d’ailleurs fait savoir au tribunal à qui il a invité de ne pas rendre un procès de Galilée. Il a également invité le même tribunal à ne pas prendre en compte, la réquisition du parquet qui a demandé la confiscation du véhicule de l’accusé au profit du trésor public. Me Ouattara n’approuve pas ladite réquisition tout simplement parce que le véhicule en question n’a pas servi à tuer, mais il a servi à sauver des vies a-t-il assumé.
C’est sur cette plaidoirie que l’audience a été suspendue pour reprendre ce matin à 8 heures 30 minutes avec la lecture de la feuille de questions. Il s’agira pour le tribunal de répondre aux questions posées par non seulement la défense, mais aussi le parquet tout au long du procès à la reprise.

Thierry AGBODJAN (Aujourd’hui au Faso)

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