Procès contre l’attaque de la poudrière de Yimdi : Les témoins ont été appelés à la barre

Le procès des militaires de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) accusés dans le dossier de l’attaque contre la poudrière de Yimdi qui a débuté le mardi 28 mars, s’est poursuivi ce lundi 3 avril 2017 au tribunal militaire. Cette sixième journée a été consacrée aux récits des témoins.

Après le témoignage des 22 individus accusés dans le dossier de l’attaque de la poudrière de Yimdi, c’est autour des témoins d’être appelés à la barre ce lundi 3 avril 2017. Et ce que l’on peut dire, c’est que les témoignages de ces derniers contredisent les récits des accusés, qui après chaque témoignage sont rappelés à la barre pour se défendre. Le premier à être en effet appelé à la barre est l’adjudant-chef major Bazoumboué. A sa prise de parole, il n’a pas hésité à contredire les propos des accusés en l’occurrence ceux de Issaka Ouédraogo. Si ce dernier a en effet déclaré l’avoir informé qu’il détenait chez lui deux fusils PA et qu’il compte les rendre, l’adjudant-chef major ne corrobore pas ses propos. Sans surprise, il déclaré n’avoir pas été informé. Issaka Ouédraogo qui est resté sur sa version a confié qu’il comptait rendre lesdites armes le lendemain malheureusement, la gendarmerie l’a interpellé la même nuit. Le second témoin qui a mis à mal la défense des accusés, c’est l’adjudant-chef Bernard Samandougou. Il a bien évidement contredit les propos des accusés qui ont déclaré devant la Cour, qu’ils n’ont pas utilisé d’armes durant la mise en exécution de leur projet. Cette déclaration est fausse si on en croit l’adjudant-chef qui a confié que des échanges de tires d’au moins 8 minutes ont eu lieu entre les assaillants et ses éléments qui étaient en poste à Yimdi. C’est donc face à leur résistance que ces derniers se sont repliés. Pour les accusés et l’occurrence le sergent Ollo Stanislas Poda et le sergent chef Ali Sanou, les tires sont venus du camp adverse dont les éléments ont pris la fuite quelques minutes après. Selon le récit fait par le responsable de la poudrière, tout avait commencé la nuit où le soldat Abdoul Ouattara de garde, a passé tout son temps à décroché des appels. Afin de tromper la vigilance de ses frères d’armes, à chaque appel, qu’il décroche, il dit « allo bébé » et se dirige vers les toilettes où il passe des minutes pour communiquer a souligné son supérieur. C’est ce dernier qui informait ses complices à travers lesdits appels car même à sa descente de garde, il est resté éveillé jusqu’à trois heures du matin au lieu de se reposer a-t-il soutenu. Il a ainsi communiqué le mot de passe à ses complices ce qui leur a permis de maîtriser les postes 3 et 4 avant d’échouer au PC a-t-il relevé. L’accusé n’est pas de cet avis même si son supérieur affirme le contraire et soutient de même que la sentinelle du poste 4, que c’est lui qui a reçu le mot de passe qu’il a communiqué à trois postes sur le site. Il a en effet déclaré n’avoir jamais eu connaissance du fameux mot de passe.
Dans sa narration, Bernard Samandougou a expliqué qu’il était couché et c’est la sentinelle qui l’a informé de la présence d’individus non identifié sur le site. C’est lui qui a donné l’ordre à cette dernière d’ouvrir le feu du moment où les individus certains cachés derrière les toilettes, d’autres derrière un arbre refusent de se présenter. Mais avant qu’il n’ouvre le feu, les ex-éléments du RSP qui ont déclaré s’être rendu sur le lieu sans armes, ont ouvert le feu sur elle a confié le deuxième témoin. Si les accusés maintiennent leur version, l’adjudant-chef maintient également la sienne et a même invité le tribunal à se rendre sur le site pour constater l’impact des balles sur les mures et les fenêtres. Il est revenu sur la déclaration des présumés coupables qui ont confié que l’adjudant-chef et ses hommes ont abandonné leur position au cours de l’attaque et se sont enfuis. Si le soldat de 1ère classe Abdoul Ouattara, a corroboré cette déclaration en indiquant que c’est son supérieur qui a donné l’ordre aux éléments de fuir, il n s’agit que d’une invention de la part des accusés a rétorqué Bernard Smandougou. D’après lui, il ne s’agit pas d’une fuite, mais d’un repli tactique. Selon ses explications, c’est lui qui a donné l’ordre à ses subordonnés de replier et de se mettre à couvert. « Il s’agit d’une stratégie apprise lors d’une formation antiterroriste assurée par les français » a souligné le témoin. Il a rappelé qu’aux premières heures de l’attaque, il avait pensé qu’il s’agissait d’une attaque terroriste et que si certains éléments ont replié plus en profondeur, ce n’est pas une fuite. « C’est une erreur de ma part, car je ne leur avais pas signifié la distance » a-t-il dit. D’après lui, seulement trois à savoir Drissa Ouattara, le sergent Da et lui même ont fait échouer le projet des attaques par bravoure. En ce qui concerne les blessés, l’avocat de la défense qui soutient son client qui a déclaré n’avoir pas utilisé d’arme lors de l’attaque, a insinué que si blessé il y a ; ce que ne confirment pas les accusés, les responsables sont les éléments de l’adjudant chef. En effet, ce dernier avait confié que ses propres éléments sans se rendre compte, ont tiré sur lui et certains frères d’armes qui étaient avec lui ; et que c’est sur son ordre qu’ils ont cessé les tires. Dans son commentaire en effet, l’avocat n’a pas hésité à utiliser cet aveu contre lui. D’après lui, le témoin reconnait avoir essuyé des coups de feu de la part de ses éléments alors que son client et ses camarades ont déclaré n’avoir utilisé aucune arme.

Les échanges sur Facebook

Le troisième témoin de la journée est le soldat de 2e classe Isaïe Ouédraogo. S’il a été appelé à témoigner, c’est parce qu’avant la fameuse attaque, il a eu à échanger avec le sergent chef Ali Sanou sur le réseau social Facebook. Voici le résumé des échanges :
Ali Sanou : Salut mon petit
Isaïe Ouédraogo : Salut
Ali Sanou : Comment ça va ?
Isaïe Ouédraogo : Ça va bien
Ali Sanou : Tu as été muté où ?
Isaïe Ouédraogo : A Gaoua
Ali Sanou : Avez-vous des armements comme celles qu’on utilisait au RSP ?
Isaïe Ouédraogo : Non
Le président du tribunal trouvant suspect les échanges a demandé au témoin Isaïe Ouédraogo à savoir pourquoi lesdits échanges ? Il répond tous simplement « pou rien », avant d’ajouter qu’il pensait que son frère d’armes à l’ex-RSP, lui posait ces questions, juste pour savoir les conditions dans lesquelles il travaille. Il sera soutenu par le cerveau du groupe Ali Sanou qui a confirmé que les échanges, n’avaientt pas pour but d’attaquer la poudrière. « C’est juste de simples échanges entre militaires et non rien d’autres » a-t-il soutenu.

La version de la sentinelle tenue en joug

Le premier à avoir été neutralisé lors de l’attaque est le soldat Zakaria Poussoubé. A la barre, il a raconté ce qu’il a vécu et qui ressemble à un film d’Hollywood. « J’étais au post 4 dans le trou où je faisais la sentinelle. J’ai remarqué un individu qui avançait vers moi. J’ai crié halte, et il s’est arrêté. Je lui ai demandé le mot de passe qu’il m’a donné. Je lui demandé de donner son identité et il a exécuté en répondant Desmond Toé. Au même moment j’ai entendu un bruit derrière moi, je me suis retourné pour vérifier. Durant ce laps de temps, j’ai fait confiance à Desmond Toé parce qu’on était dans la même unité, donc je l’ai reconnu quand il s’est présenté et surtout qu’il m’a donné le mot de passe. Quand je me suis retourné, il m’avait tenu en joug et par la suite avec ses complices ils m’ont ligoté ainsi que les quatre autres qui étaient de garde avec moi avant de prendre toutes les armes trouvées sur place. Ils nous ont fait comprendre qu’ils n’avaient pas besoin de nous et à partir de cet instant, ils ont progressé vers le PC où nous avons entendu quelques minutes après, des coups de feu. (…) ». C’était donc le récit de la sentinelle du poste 4 de la poudrière de Yimdi, soldat Zakaria Poussoubé. Bien évidemment l’accusé caporal Desmond Toé à l’époque, ne se reconnait pas dans les propos de son frère d’armes et plus, il a confié ne même pas le connaitre. Il a confié l’avoir rencontré pour la première fois au tribunal. Dans sa tentative de remettre en cause le témoignage de la sentinelle, il a exhorté la Cour de demander à cette dernière de rejouer le rôle de la sentinelle afin de lui poser les questions évoquées un peu plus haut. Après que les deux aient fait la démonstration, le caporal dans le box des accusés, a fait comprendre que s’il a demandé une telle démonstration, c’est dans le but de montrer à tous que les propos tenus par son subordonné son erronés. « Pour preuve, on n’interpelle pas un isolé à voix basse, c’est le mot de passe qui se dit à voix basse » a-t-il confié. Toute cette gymnastique selon l’accusé, a pour but de prouver que s’il l’avait effectivement vu sur le site et qu’il l’avait posé des questions, ses camarades de garde qui se reposaient allaient entendre leur conversation et sortir ; ce qui fera qu’il n’aura pas le temps de les neutraliser.

Thierry AGBODJAN (Aujourd’hui au Faso)

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