Procès attaque poudrière de Yimdi : Le caporal Abdoulaye Nébié reconnait un seul chef d’accusation : « désertion en temps de paix »

Le procès de l’attaque contre la poudrière de Yimdi perpétrée par des éléments de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) a débuté le mardi 28 mars 2017 à la justice militaire de Ouagadougou. Un des 22 accusés à savoir le caporal Abdoulaye Nébié, appelé à la barre pour répondre des chefs d’accusation portés contre lui a plaidé coupable en ce qui concerne la désertion en temps de paix, mais a réfuté les quatre autres.

Ils sont au total 22 assis dans le box des accusés pour répondre des faits qui leur sont reprochés dans l’attaque contre la poudrière de Yimdi. Sur les 22, seul le caporal Abdoulaye Nébié a comparu le mardi 28 mars 2017. Célibataire avec un seul enfant, cet élément de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) n’a jamais été condamné, mieux il a été distingué de la médaille d’honneur avec « agrafe Mali » selon les informations données par lui-même suite aux questions qui lui ont été posées en ce qui concerne son identité par le président du tribunal. Appelé à la barre, il été accusé de cinq chefs d’accusation qui sont : désertion en temps de paix, complot militaire, association de malfaiteurs, complicité d’association de malfaiteurs, coups et blessures. A la question du président du tribunal de savoir s’il reconnait oui ou non ces faits qui lui sont reprochés, le caporal a répondu par l’affirmation en ce qui concerne le premier chef d’accusation à savoir « désertion en temps de paix », et a répondu par la négation en ce qui concerne les quatre autres. Il a reconnu avoir franchi la frontière du Burkina Faso pour se rendre au Ghana où il a continué en Côte d’Ivoire. D’après lui, tout serait parti de l’attaque du camp Naaba Kôom par les forces républicaines venues des provinces pendant le coup d’Etat. Son récit : « J’ai quitté le camp au moment où les tires et les obus tombaient sur ce dernier. Je me suis rendu chez moi, mais par peur pour ma sécurité, j’ai continué dans mon village à Léo. C’est donc à Léo que le sergent chef Ali Sanou m’a contacté afin de l’aider à traverser la frontière. J’ai accepté, et je suis revenu le rencontrer accompagné de certains frères d’armes à l’entrée de Ouagadougou notamment au péage, pour les conduire à Léo. Une fois arrivé, nous avons continué sur le Ghana. Le sergent chef qui avait en sa possession des armes, nous avait fait comprendre que nous ne pouvons pas traverser la frontière avec les armes à la main. Pour cela, il les a enfuies sous les herbes ce qui nous a permis de traverser la frontière ghanéenne, où nous nous sommes rendus par la suite en Côte d’Ivoire. C’est de la Côte d’Ivoire qu’il m’a rappelé que le fait d’avoir enfui les armes sous les herbes, n’était pas sécurisant pour les paysans et qu’il fallait les récupérer et les mettre en sécurité pour qu’une fois de retour au Burkina Faso, il puisse les rendre. Afin de les mettre en sécurité, j’ai appelé une connaissance sur place à qui j’ai indiqué l’endroit où lesdites armes étaient cachées et je lui ai demandé de les récupérer afin de les mettre en sécurité. Cette dernier a effectivement exécuté, mais je ne sais pas à combien pouvait-on évaluer le nombre d’armes qu’il a retrouvé parce qu’elle ne me l’a pas dit. Ce n’est qu’après cela, qu’on est revenu au pays (…) ». A la suite de cette narration, le commissaire du gouvernement, le président du tribunal, son avocat, lui ont posé des questions auxquelles il a apporté des réponses. Aux questions de savoir par exemple s’il a assisté à des réunions en Côte d’Ivoire ou au Burkina Faso, s’il avait en sa possession des armes, si son frère leur a servi de guide lors de leur traversée pour rejoindre le Ghana, s’il a pris part à l’attaque de la poudrière de Yimdi, etc. il a répondu par la négation. Cependant, il reconnait avoir eu connaissance du projet d’attaque, mais il a décliné la proposition qui lui a été faite par le sergent chef Ali Sanou. Il a confié ne l’avoir pas signalé à sa hiérarchie tout simplement parce qu’il ne s’avait plus à qui se fier et qu’il se sentait rejeter même au sein de l’unité dans laquelle il a été affecté à Dédougou.

La fiancée interpellée par les gendarmes

A la question de savoir comment a-t-il fait pour se retrouver le jour de l’attaque sur le lieu, sa réponse mérite également d’être relevée. Selon ses explications, les gendarmes qui étaient à sa recherche, ont arrêté sa fiancée et l’on conduit au poste sous prétexte qu’elle connaissait la où il s’était caché. Cette information lui a été donnée dans sa belle famille après s’y être rendu pour rendre visite à sa dulcinée. C’est ce même soir que son frère d’arme, son compagnon de longue date le propriétaire de la moto qu’il a conduit pour se rendre en belle famille l’a appelé pour lui demander de venir le chercher avec la moto et l’a informé par la même occasion que le sergent chef Ali Sanou a besoin de lui. L’occasion faisant le larron, il leur a confié au téléphone, qu’il se trouve dans un dilemme, et qu’il a besoin de leur parler. C’est donc ce coup de file qui l’a amené sur le pont de Yimdi et c’est sur place qu’il a pris connaissance du fameux projet a-t-il indiqué. Comme souligné un peu plus haut, il a déclaré avoir décliné la proposition et est reparti aussi tôt pour trouver une solution au problème qui le concernait en l’occurrence l’interpellation de sa fiancée par les forces de sécurité.
Il est important de rappeler que les informations figurant dans le procès verbal de l’audition subie par le caporal Nafion Nébié sont différentes des réponses données par l’accusé lors de son interrogatoire au cours du procès. C’est donc sans surprise que l’ex-RSP a déclaré ne pas reconnaitre les informations consignées dans ledit PV, qu’il reconnait cependant avoir signé. Pour sa défense, il a déclaré : « le gendarme qui m’a auditionné a écrit ce qui l’arrangeait dans le PV. Personnellement, ce que j’ai fait comme déclaration n’est pas ressorti ». A travers cette déclaration, il accuse le gendarme en question d’avoir consigné de fausses informations dans le PV. Il va plus loin en accusant les gendarmes qui l’ont auditionné de l’avoir torturé durant l’interrogatoire. Après plus de deux heures de temps de débats, le président du tribunal a suspendu l’audience qui va reprendre ce matin à heures 30 minutes avec dans le viseur l’interrogatoire des autres accusés.
Il est important de rappeler qu’avant que le premier accusé ne soit appelé à la barre, le président du tribunal a procédé au choix des membres du jury qui ont prêté par ma même occasion serment, suivi de la vérification de la présence des différents conseils et de la lecture de la lettre de renvoi. Après cette étape, deux avocats ont soulevé des exceptions de nullité de la procédure. Le parqué n’étant pas de cet avis a demandé à ce que cette requête soit purement et simplement irrecevable. Afin de trancher, les juges se sont retirés pour une concertation. A la reprise, ils ont donné raison au parqué.

Thierry AGBODJAN (Aujourd’hui au Faso)

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