Procès putsch manqué : Les révélations du beau-frère de Michel Kafando

L’adjudant Kambou Ardjouma a été appelé à la barre le samedi 21 juillet 2018, pour répondre de son implication dans le dossier du coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015. Sergent-chef au moment des faits, beau-frère du président de la Transition, poursuivi pour attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires, a plaidé non coupable. Il est revenu sur la crise de confiance qui régnait au sein du Régiment de sécurité présidentiel à l’époque. 24 heures plus tôt, c’est le sergent-chef Mahamadou Bouda qui était à la barre. Il a aussi plaidé non coupable.

Attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires, sont les charges qui pèsent contre l’adjudant Kambou Ardjouma, Le beau-frère du président de la Transition qui était au moment des faits, sergent-chef a plaidé non coupable. Il se défend en racontant que le 16 septembre, il a passé la journée dans son quartier à Ouidi. C’est donc profitant de son repos, qu’il a indiqué avoir appris à la radio qu’il se passait quelque chose au RSP.

Le sergent-chef a confié avoir appelé son collègue qui était de garde et qu’il devait relever le lendemain afin de comprendre ce qui se passait. Il explique que ce dernier lui a demandé de porter sa tenue et de rejoindre rapidement le camp. A l’en croire, à son arrivé à l’entrée de la présidence aux environs de 19 heures, il a croisé le major Eloi Badiel qui l’a dirigé vers le sergent-chef Moussa Nébié dit Rambo. A son tour, ce dernier va lui montrer un véhicule en lui indiquant qu’il est le chef de corps dudit véhicule a-t-il soutenu. Il va rappeler que durant tout ce temps, personne ne voulait lui dire la vérité sur ce qui se passait réellement.

Il va poursuivre en indiquant qu’il va se positionner comme il lui a été ordonné avant de comprendre, qu’il doit escorter le général Gilbert Diendéré. L’accusé a affirmé avoir exécuté cet ordre jusqu’au moment où, il s’est rendu compte qu’un jeune avait pour mission de surveiller ses faits et gestes. Il a déclaré avoir compris qu’en ce moment, une crise de confiance était née entre lui et ses supérieurs. « Je n’avais confiance en personne, les autres non plus y compris Rambo, ne me faisaient confiance » a-t-il soutenu.

Il va expliquer qu’à partir de ce moment, il a compris que c’est la patrie ou la mort selon ses mots ; ce qui va l’amener à quitter l’escorte du général et se retirer dans le camp jusqu’au dénouement de la crise.
Le prévenu va rappeler que cette crise de confiance entre lui et ses frères d’armes est née pour la simple raison qu’il est le neveu de la femme du président de la Transition, Michel Kanfando, en réponse au parquet qui va chercher à comprendre la cause.

Son conseil Me Idrissa Badini va voler à son secours en rappelant au Tribunal que le fait d’avoir escorté le général Gilbert Diendéré ne peut pas être considéré comme étant un acte illégal. Il soutient que le crime commis dans le dossier présent ne profitait nullement à son client. Il sera soutenu par l’avocat de la partie civile, Me Yanogo qui va confier que l’accuser n’était au courant de rien.

Les révélations du sergent-chef Mahamadou Bouda

Tout comme beaucoup avant lui, le sergent-chef Mahamadou Bouda ne reconnaitra pas les faits qui lui sont reprochés. Poursuivi pour attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires, complicité de dégradation volontaire aggravée de biens, il est passé à la barre le vendredi 21 juillet 2018. A en croire le prévenu dans la journée au 16 septembre 2015, il était sur son chantier quand il a été appelé par l’adjudant Jean Florent Nion qui lui a demandé de se rendre au palais présidentiel.

Il explique qu’à son arrivé, il l’a trouvé en compagnie de l’adjudant-chef major Eloi Badiel qui l’a ordonné d’apporter les clés du palais. Il explique qu’il lui a également ordonné de trouver une pièce au palais car des gens seront arrêtés et amenés dans ladite pièce a-t-il soutenu. Soupçonnant que quelque chose dont il n’est pas au courant se tramait, le prévenu a confié qu’il a demandé à rentrer chez lui pour se changer ; une demande qui n’a pas reçu d’écho favorable auprès de son supérieur a-t-il indiqué.

Il confirme que c’est dans une tenue trouvée sur place et sans arme, qu’il va accueillir le président de la Transition, son Premier ministre ainsi que deux autres ministres. Se trouvant devant le fait accompli, il a indiqué s’être reparti, voir le major Eloi Badiel pour comprendre ce qui se passait réellement, car les choses sont allées si vite selon lui. L’accusé va indiquer que c’est l’adjudant, qui va lui confier qu’il s’agit d’un coup d’Etat, et que le général Gilbert Diendéré est au camp en réunion avec les officiers.

Il a affirmé avoir passé la nuit au camp. Le lendemain soit le 17 septembre poursuit-il, il a reçu la mission de se rendre à l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) sous les ordres du colonel Mahamadi Deka pour retrouver le directeur général. Il explique qu’embarqué avec le directeur et ses techniciens, ils ont fait le tour de la ville, afin de retrouver la radio de la résistance. A l’en croire, le signal les a conduit à Savane FM où ils ont cassé la porte, sont entrés et ont procédé à l’interruption.

Il a confirmé avoir embarqué du matériel de la radio tout en accusant le sergent-chef Moussa Nébié dit Rambo venu après eux, d’avoir emporté également du matériel. Il explique que sur les lieux, certains jeunes ont voulu lancer une roquette sur la radio ; un souhait que le sergent-chef Bouda n’a pas exhaussé a-t-il confié.

Le prévenu va confier que par la suite, il va repartir au palis où l’ordre lui sera donné d’amener le Premier ministre au poste de commandement. A l’en croire, le chef de l’exécutif d’alors va recevoir par deux fois, la visite du général Gilbert Diendéré qui va s’entretenir avec lui. Après cet entretien, le capitaine Abdoulaye Dao qui l’a mis en contact avec le colonel Mahamadi Deka va lui ordonner de conduire Yacouba Isaac Zida à sa résidence officielle.

A la suite de cette narration, l’accusé va faire savoir au Tribunal qu’il n’était pas pour le coup d’Etat, et qu’il ne pouvait pas non plus s’en fuir. En résumé, il a souligné avoir agi contre son gré. Pour donc justifier ses propos, il va confier que le soldat Boureima Zouré qui conduisait le ministre Réné Bagoro va le menacer de le mettre avec les autorités. La raison avancée est qu’il a demandé à ce dernier qui est son subalterne de traiter les autorités avec respect parce qu’il menaçait le ministre qui était sous sa garde.

Thierry AGBODJAN

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