Procès putsch manqué : Les révélations du lieutenant Relwindé Compaoré

Les lieutenants Philippe Ouattara et Relwindé Compaoré étaient à la barre hier mardi 4 septembre 2018. Le premier poursuivit pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, complicité de meurtre, de coups et blessures et d’incitation à commettre des actes contraires au règlement et à la discipline ; tandis que le second est poursuivi pour les trois premiers chefs d’accusation. Les deux ont déclaré non coupables. L’interrogatoire de ce jour va montrer le tempérament de certains avocats, confirmer des déclarations faites par des accusés déjà passés à la barre, et permettre à Relwindé Compaoré de faire des révélations dignes d’intérêt.

Deux accusés étaient à la barre ce mardi 4 septembre 2018. Le premier, le lieutenant Philippe Ouattara est poursuivi pour attentat à la sûreté de l’Etat, complicité de meurtre, de coups et blessures et d’incitation à commettre des actes contraires au règlement et à la discipline. Il n’a pas reconnu les faits. Il explique que le 16 septembre 2015, il est arrivé au Conseil de l’entente où il est en poste aux environs de 15 heures. A son arrivée, le prévenu a confié avoir rencontré l’adjudant de compagnie, le sergent Yacouba Sinaré qui lui a dit qu’il parait que ça bouge à Ouaga 2000. Afin de vérifier l’information, il a confirmé avoir tenté en vain de joindre les officiers en poste au camp Naaba Koom II. La confirmation selon lui, viendra du capitaine Houssène Zoumbri, qui l’a informé que le Conseil des ministres a été interrompu, et qu’il tente aussi d’en savoir d’avantage sur cet incident. L’accusé resté au Conseil de l’entente jusqu’au 17, a affirmé avoir reçu l’ordre de son capitaine aux environs de 10 heures, lui demandant de se rendre à la Place de la nation afin de vérifier si des manifestants s’y trouvent ou pas. Le lieutenant indique qu’arrivé sur place en compagnie de six éléments, il n’a vu aucun manifestant. Cependant, il dit avoir aperçu du côté de la BCEAO un pneu qui brûlait et il l’a éteint avant de rebrousser chemin. A en croire l’accusé, le capitaine l’a rappelé dans l’après-midi pour lui confier la même mission. Il explique que cet appel coïncidait avec l’arrivée du lieutenant Seibou Traoré, à qui il a demandé d’effectuer la mission. A son retour, il a fait un compte rendu.
Poursuivant son récit, le lieutenant Philippe Ouattara va souligner que dans la même soirée du 17 vers 17 heures, le lieutenant Relwindé Compaoré est venu s’entretenir avec les éléments sur les nouvelles dispositions qui sont prises après les avoir informés que le quartier est consigné. Il faut rappeler que le lieutenant a pris part à une rencontre présidée par le chef d’Etat major de l’armée de terre au camp Naaba Koom II le 25, de même qu’à un rassemblement qui a eu lieu le 27 à la grande porte de la Radio nationale et qui a été présidée par le commandant Sya.

L’avocat de la défense se défoule

Il semble qu’à travers ce récit, le prévenu a convaincu en partie le parquet qui n’a pas manqué de saluer sa clarté et sa tempérance. Cela ne l’a pas empêché de lui poser des questions ou de lui demander de faire des observations. Ces propos : « mon client est une petite main qui a été utilisée pour asseoir le coup d’Etat ; il avait pour mission de maintenir le désordre créé par le coup d’Etat », Paroles tenues par l’avocat du lieutenant lors de l’audition de ce dernier devant le juge d’instruction et qui seront utilisés par le procureur militaire contre le prévenu. L’avocat, Me Mamadou Sombié n’ayant pas apprécié va s’opposer et s’indigner de cette façon de faire. Estimant que le parquet est en train d’opposer son client à ses observations, il va soutenir les avoir faites dans le but de l’extirper de la MACA. Pour lui, son client ne devrait pas être à la barre car les principaux responsables du putsch sont les hauts gradés de l’armée. Il rappelle que ce sont eux, qui se sont mis en rang pour accueillir les chefs d’Etat à l’aéroport. Considérant qu’il s’agit d’une injustice, il a déclaré : « Ça me fait mal de voir les petits défilés à la barre ». Pour lui, il y avait du désordre dans l’armée et à la tête de ce désordre se trouve le général Yacouba Isaac Zida. Il estime donc que si l’on avait secoué le cocotier depuis, on n’en serait pas à là. Assumant ses propos, l’avocat va confier que s’il était à la place du procureur, c’est peut-être 15 personnes qu’il allait poursuivre.

Le lieutenant Relwindé Compaoré ne veut protéger personne

A la suite du lieutenant Philippe Ouattara c’est le lieutenant Relwindé Compaoré qui a été appelé à la barre. Ne reconnaissant pas aussi les faits qui lui sont reprochés, il a confié avoir reçu un appel du lieutenant Gorgo lui demandant de venir urgemment au camp Naaba Koom II pour une réunion des officiers du corps. A cette réunion, le prévenu a laissé entendre que le général Gilbert Diendéré les a informés d’une rencontre avec des médiateurs ; réunion au cours de laquelle il leur a annoncé l’arrestation des autorités de la Transition. A cette rencontre le lieutenant indique que les médiateurs ont tous demandé la libération desdites autorités. L’accusé a déclaré s’être rendu à Charlie écho entendez (Conseil de l’entente), sur instruction du capitaine Zoumbri. Là, il a affirmé avoir fait part de la situation et des nouvelles dispositions au détachement qui s’y trouve. Par la suite, il va soutenir avoir envoyé le lieutenant Philippe Ouattara à la Place de la nation sur instruction toujours de son capitaine ; confirmant ainsi les propos de ce dernier. Il va également confirmer les propos du sous-lieutenant Seibou Traoré, qui a reconnu à la barre le lundi 3 septembre, que les éléments qu’il avait sous son commandement ont procédé à des tirs en l’air au niveau du marché de Sankariaré.

Les révélations faites par le lieutenant

Le fait marquant dans l’interrogatoire du présent accusé, ce sont les révélations qu’il a faites. En effet, à la question du procureur militaire de savoir de quel camp était le lieutenant en faisant référence à une déclaration faite par l’accusé lors de son audition devant le juge, ce dernier va déclarer être resté militaire. Dans sa déclaration l’accusé a cité des noms des éléments venus des provinces en affirmant avoir collaboré avec eux en leur donnant les positions des éléments des RSP. Devant le Tribunal, il ne nie pas et déclare : « je ne nie pas, j’ai communiqué avec certains comme d’autres l’ont fait aussi ». Cependant rappelle-t-il, il a été auditionné sans son avocat et a fait des déclarations pour se décharger. Il va soutenir que cela ne veut pas dire qu’il a envoyé ses frères d’arme en pâture. L’attitude du lieutenant sera appréciée par les différents acteurs intervenant dans le procès. Parmi eux, l’avocat des parties civiles, Me Séraphin Somé qui a déclaré : « vous êtes un officier qu’on doit respecter parce que vous avez le courage d’assumer des propos graves que vous avez tenu devant le juge, contrairement à beaucoup de vos frères d’armes ». « Je ne suis pas dans une logique de protéger qui que ce soit, plutôt pour la recherche de la vérité » a rétorqué le prévenu. Il aura marqué un point au regard de ce que dira l’auxiliaire de justice par la suite : « nous sommes contents de la posture que vous avez employée tout au long de l’interrogatoire ». Revenant donc à la question du procureur militaire, le lieutenant Relwindé Compaoré va affirmer que certains éléments l’accusaient d’être du côté de Zida, de même ceux qui sont restés fidèles au Premier ministre à l’époque, l’accusait d’être du camp du général. Cela a valu à celui qui estime être resté militaire, des menaces de mort ; ce qui va l’amener à quitter le Conseil de l’entente, a-t-il confirmé. Il va poursuivre qu’il a également été menacé par des soldats qui trouvaient qu’il était favorable au désarmement. Même quand il a quitté le Conseil de l’entente, ils sont allés à sa recherche, a-t-il soutenu.
Il faut rappeler qu’au Conseil de l’entente, c’est le sous-lieutenant Seibou Traoré et les lieutenants Philippe Ouattara, et Relwindé Compaoré qui ont été inculpés dans le cadre de ce procès. Pour Me Mamadou Sombié, Avocat des deux premiers accusés, le fait que ce soit ces trois qui sont ici, prouve qu’ils n’ont commis aucune exaction. L’avocat du lieutenant Relwindé Compaoré ira dans le même sens que son confrère en concluant : « En attendant les plaidoiries, je pense que mon client ne peut être coupable dans cette affaire car lui-même a été une victime ».

Thierry AGBODJAN

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