Accusation de concurrence déloyale autour de la production de livres scolaires : Les révélations étonnantes de Bonato et de Tasséré Nikiéma

Le mardi 19 septembre 2017, la Coalition nationale des libraires du Burkina avait accusé le PDG de Impricolor, Jean Marc Bonato de même qu’un libraire dénommé Tasséré Nikiéma de concurrence déloyale. Après avoir rendu compte des informations recueillies lors de ce point de presse dans notre parution du jeudi 21 septembre 2017, nous sommes allés à la rencontre des deux hommes incriminés par ladite coalition nationale, afin de recueillir leur version en ce qui concerne les accusations portées contre eux. Il semble que derrière cette agitation des plaignants, se cachent des raisons économiques, et une inquiétude de ne plus se faire de maximum de bénéfice.

Concurrence déloyale, c’est l’accusation portée par la Coalition nationale des libraires du Burkina contre le PDG de Impricolor, Jean Marc Bonato et Tasséré Nikiéma, un libraire qui se trouve un client de Impricolor comme bien d’autres. Il s’agit d’une accusation grave que ne reconnaissent pas les deux hommes. Si on en croit le PDG de Impricolor, il s’agit d’une accusation mensongère et qu’il n’y a pas de concurrence déloyale. D’après lui, si la coalition crie à la concurrence déloyale c’est parce qu’elle s’inquiète de l’arrivé sur le marché d’opérateurs économiques qui ont le souhait de faire baisser les prix de documents scolaires qui pourtant serait bénéfique à tous les parents d’élèves. « Baisser les prix ne les convient pas car il viendrait baisser leur bénéfice » a-t-il renchérit. Il faut le dire, parmi ces opérateurs que beaucoup qualifieraient de « vrais citoyens », l’on retrouve Tasséré Nikiéma. Ce dernier raconte que dans un esprit d’écouler rapidement ses marchandises et aussi de venir en aide aux parents d’élèves, il passe des commandes de livres scolaires auprès de Impricolor à bas prix, qu’il revend également à vil prix. Il rassure que malgré le fait qu’il diminue les prix des articles, il fait toujours de bénéfice avant de rappeler que certains libraires qui viennent acheter les documents avec lui à prix bas, les revendent très chers avec pour but de faire le maximum de bénéfice. C’est donc sa politique commerciale qui dérangerait la coalition qui l’incrimine au même titre que son fournisseur a-t-il soutenu. Au regard de l’explication donnée par le libraire, le PDG a simplement conclu que derrière cette agitation de la coalition se cache des raisons économiques. Pour se justifier, il pose la question de savoir : « la coalition accuse Tasséré Nikiéma de vendre les livres à un prix plus bas ; qu’est ce qui aujourd’hui les empêche de le faire également ? ». Si les plaignants avaient accusé Jean Marc Bonato de réimprimer sans autorisation des documents qu’il fourni à Nikiémma Tasséré, qui à son tour, les revend à vil prix ; l’accusé a posé la question de savoir : « est-ce que l’intérêt général du Burkina Faso est que des industries s’implantent pour embaucher des jeunes burkinabè et travailler ou est-ce de faire travailler des opérateurs étrangers implantés dans d’autre pays ? ». A l’en croire, c’est un faux procès qui est fait a celui qu’il considère comme un client au même titre que la fonction publique, le ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation (MENA) etc. Il confie que le marché des livres est alimenté également par des libraires burkinabè faisant parti de la coalition, qui font reproduire les livres en Chine, qu’ils reviennent vendre au Burkina. « Ce sont ces mêmes individus qui nous reprochent de reproduire ces mêmes documents au Burkina Faso » a-t-il souligné. Pour ce qui est de l’autorisation, le PDG de Impricolor est catégorique, le système burkinabè ne fonctionne pas avec des autorisations. A titre d’exemple, il indique que quand le MENA a besoin de documents, il fait un appel d’offre. C’est de même pour la direction des marchés publics qui sélectionne selon un certain critère des attributaires qui après avoir signé un contrat et reçu un ordre de service exécutent la commande au profit du MENA a soutenu le patron de Impricolor. Il rappelle qu’en dehors de ces appels d’offre, le MENA ne donne pas d’agrément ou d’autorisation à des gens pour faire un travail le reste de l’année. Il rajoute : « cela n’existe pas, il n’y a pas d’autorisation pour produire en Chine ou pour faire d’autres productions ». « Le principe du MENA, c’est le principe d’appel d’offre » a-t-il renchérit. Si on en croit Jean Marc Bonato, le fait de reproduire des documents est une pratique qui dure de nombreuses années au Burkina Faso. Il rassure qu’elle est connue des autorités et elle permet de palier et de compenser parfois les difficultés que peut avoir le MENA à fournir l’ensemble des élèves du Burkina Faso en livres scolaires.

Pas de relation particulière entre les deux hommes

On se rappelle également qu’au cours de la conférence de presse, les membres de la coalition avaient indiqué qu’entre les deux hommes, existe une collaboration qui leur permet de mener leur activité. La réponse du PDG à cette accusation est toute simple. Selon ses dires, il n’existe aucun lien particulier entre Tasséré Nikiéma et lui ; un propos que ce dernier va d’ailleurs confirmer. D’après l’imprimeur, le libraire est un client au même titre que de nombreux autres clients, au même titre que le ministère de la Fonction publique, de la CENI, de nombreux journaux, et de nombreux imprimeurs de la place. Il explique que le libraire tout comme les autres clients de Impricolor, passe sa commande et l’imprimerie lui fait des productions selon son choix. « Il n’y a pas de lien particulier de partenariat comme le sous entendent ces libraires qui peuvent tout à fait eux aussi venir passer leur commande et ils verront qu’ils n’y a pas de lien entre Tasséré Nikiéma et la société que je dirige » a-t-il soutenu.
L’autre point abordé par Saïbou Kouanda lors du point de presse, c’est le refus du PDG de Impricolor Jean Marc Bonato, de mettre un terme à la reproduction de livres au profit de Tasséré Nikiéma à la suite d’une négociation qui s’est soldée par un échec. A en croire l’imprimeur, il n’a jamais été question de négociation avec la coalition, mais de fermeture de sa société. Selon ses explications, c’est une cinquantaine d’individus qui a pris d’assaut la société en faisant du bruit avec leurs motos. Une fois arrivé, une délégation constituée de sept personnes s’est présentée pour lui sommer de fermer l’entreprise ; ce qu’il a bien entendu refusé a-t-il indiqué. Au regard de ce fait, il estime que ceci n’est pas une négociation. Par ailleurs il confie qu’il leur a fait comprendre qu’en accédant à leur exigence, cela nécessite de licencier le personnel ; ce qui n’a pas eu l’air de les émouvoir a-t-il soutenu. Il renchéri : « ils ne sont pas venus négocier, mais exiger la fermeture de l’entreprise comme il l’avait fait quelques heures plutôt avec M. Nikiéma à qui ils ont demandé de fermer sa boutique ». La confirmation à ses propos sera donnée par Tasséré Nikiéma qui a confirmé qu’un nombre important d’individus s’est rendu dans sa boutique pour lui signifier, qu’il est convoqué par le secrétaire général du syndicat des libraires. Il souligne que sans position, il a exécuté en allant à la rencontre dudit SG du nom de Saïbou Kouanda dit le prince. Il rappelle qu’en compagnie d’autres membres du syndicat, ils lui ont reproché de chercher à tuer le milieu des libraires en cassant les prix des articles. Le libraire rappelle que tout est parti d’une stratégie de communication qu’il a mise en place pour informer les parents d’élèves des prix des articles dans sa librairie. Il explique que certains libraires ont vu des papiers sur lesquels les prix de ses articles ont été mentionnés et craignant pour leurs produits qu’ils vendent cher, ont saisi la coalition qui lui a demandé d’arrêter de distribuer lesdits papiers. S’il a avoué avoir exécuté, il a confié n’avoir cependant pas augmenté le prix de ces articles scolaires. Ces dires viennent confirmer les propos de Jean Marc Bonato selon lesquels se cache derrière ces agitations une inquiétude des plaignants de ne plus faire le maximum de bénéfice. Le PDG voit dans cette attitude des membres de la coalition, le moyen d’une corporation qui veut garder la maîtrise du marché des livres scolaires pour pouvoir garder le contrôle des approvisionnements et surtout le contrôle des prix élevés des ventes.

Thierry AGBODJAN

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