Plaidoirie procès putsch manqué : « On ne condamne pas quelqu’un à perpétuité quand on ne sait pas », Me Olivier Yelkuni

Me Mathieu Somé, Me Latif Dabo, Me Olivier Yelkuni, Me Mariam Kanyili, sont les conseils du général de brigade Gilbert Diendéré qui se sont exprimés à l’audience du jeudi 1er août 2019 dans le cadre du putsch manqué du 16 septembre 2015. Tous ont plaidé pour l’acquittement de l’homme fort de l’ex-RSP.

Le général de brigade Gilbert Diendéré considéré comme l’instigateur du putsch manqué du 16 septembre 2015, ne doit pas être condamné. C’est ce que disent ses conseils depuis le début de leur plaidoirie qui demandent d’ailleurs son acquittement pour faute de preuve. Les propos de Me Latif Dabo : « rien dans le dossier ne montre qu’il y a violation » en témoigne. D’après lui, aucune pièce dans le dossier ne montre clairement que le général a donné des renseignements clairs et précis de bastonner, ou de tuer, ou de trahir le Burkina Faso, ou de brûler des maisons. Pour l’avocat, pour que le général soit condamné, il faut prouver qu’il a donné l’ordre de poser des actes. Confiant que cela n’a pas été le cas, il cite le capitaine Oussène Zoumbri qui avait déclaré : « le général m’a dit de rester avec les hommes, d’assurer les ordres et de faire en sorte qu’il n’y ai pas de débordement» ; et pose la question de savoir si un tel propos prouve que son client à donner des ordres pouvant l’incriminer. Pour lui, même les témoignages des co-accusés ne permettent pas de corroborer les faits de trahison, de meurtre, de coups et blessures, d’incitation à la violence, etc. pour lesquels il est poursuivi. Au regard des arguments avancés, il se demande : « pourquoi continue-t-on de dire que le général a incité les éléments » ? Pour sa part, l’homme de droit a invité le Tribunal à acquitter le général Gilbert Diendéré pour infraction non constituée en ayant à l’idée que la lettre de renvoi dit qu’il n’y a aucun élément qui prouve l’incitation.
Plaidant aussi pour l’acquittement du général poursuivi pour meurtre, Me Mathieu Somé pose la question de savoir si l’on a vérifié dans quelle condition les 14 victimes du putsch sont décédés ? Il déclare à cet effet : « quand il y a des morts, il faut faire la part des choses ». D’après lui, la partie qui poursuit n’a pas fait l’effort de prouver que le général a porté une arme et qu’il a tiré sur les manifestants. « Le parquet n’a pas apporté l’élément de preuve constitutif » a soutenu l’homme de droit qui n’a pas hésité à réitérer l’invite de son collègue Me Latif Dabo en ce qui concerne l’acquittement du prévenu. Il conclut : « l’infraction n’est pas constituée car aucun élément n’a été prouvé vu que la loi est dur ».
Une vengeance préparée contre le général ?
C’est ce que pense Me Olivier Yelkuni et l’a fait savoir au tribunal. Il déclare à cet effet : « la défense sait que votre tâche est difficile car là où les uns attendent de vous la justice, d’autres attendent la vengeance ». Il poursuit : « le parquet vous demande de faire s’abattre sur le général une foudre ». Plaidant aussi pour le général Gilbert Diendéré qui est également poursuivi pour trahison, il affirme qu’aucun argument avancé par les uns et les autres pour ce fait, ne peut prospérer. Il rappelle que pour qu’il y ai trahison, trois conditions doivent être réunies et les cite. Il faut que : le Burkina Faso dont l’accusé est national soit en guerre avec une puissance étrangère ; le Burkinabè se soit enrôlé dans la troupe étrangère en guerre contre le Burkina Faso ; et que ce soit établit qu’il agit avec l’intention de servir les intérêts de la puissance étrangère en guerre au détriment du Burkina Faso. L’avocat de l’homme fort de l’ex-RSP plaidant pour son acquittement fait remarquer qu’il n’a jamais été démontré que son client s’est enrôlé dans une troupe étrangère ou qu’il a servi pour les intérêts d’une puissance étrangère. S’adressant au président du tribunal, il confie que de ce qui précède, son Tribunal comprend que l’infraction n’est pas constituée. Soutenant qu’il y a de l’exagération dans ce dossier, Me Olivier Yelkuni a dit vouloir attirer la haute attention du Tribunal sur ce fait. Il indique : « le gens veulent associer votre tribunal à leur désir de vengeance ». D’après lui, si ce dossier est cliniquement valable, en droit pénal, il est irrecevable. Il poursuit : « en droit pénal, ce qui n’est pas prouvé n’existe pas. On ne condamne pas quelqu’un à perpétuité quand on ne sait pas ; même si cela va frustrer quelqu’un qui a subi ». Concluant que les arguments avancés par le parquet et les parties civiles se sont vidés comme une peau de chagrin quand on les a confrontés, il a sur cette conviction aussi souhaité que le général de brigade, Gilbert Diendéré soit acquitté sans peine, sans condamnation.

Thierry AGBODJAN

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