Procès putsch manqué : Me Mathieu Somé au président du Tribunal : « Etes-vous assez fou pour acquitter le général Diendéré »

Le procès du putsch manqué du 16 septembre 2015 a repris avec les plaidoiries des conseils du général de brigade Gilbert Diendéré. Me Mathieu Somé s’est attelé à démontrer que son client ne peut être condamné pour attentat à la sûreté de l’Etat. Tout naturellement, il a plaidé pour son acquittement après avoir tenté de démontrer que l’ex-homme fort du RSP est victime d’un règlement de compte.

Les conseils du général de brigade Gilbert Diendéré ont commencé les plaidoiries de leur client. Ils ont plaidé l’acquittement pour le présumé auteur du coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015. Pour donc monter pourquoi son client ne mérite pas d’être condamné, Me Mathieu Somé a commencé sa plaidoirie en montrant que le général dans le box des accusés est victime d’une vendetta. Il a relevé trois types d’incidents majeurs dans l’instruction de son dossier. Il s’agit des incidents entre les juges d’instruction et le parquet, entre les juges d’instructions chargés du dossier et entre les juges d’instructions et les accusés. Détaillant le premier point, Me Mathieu Somé met en cause l’impartialité du juge d’instruction qu’il accuse avoir lancé un mandat d’arrêt contre le général Gilbert Diendéré sans en avisé le parquet militaire qui poursuit. Il explique que le procureur à l’époque a saisi la Cour de cassation qui lui donnera raison. Qualifiant le mandat d’arrêt de violation, il pose la question de savoir que cache-t-elle ? Pour ce qui est des malentendus entre les juges d’instructions, il rappelle que deux juges d’instructions en charge du dossier ont été dessaisis pour avoir adressé des convocations à des officiers de l’armée burkinabè quand bien même ils étaient dans leur droit. De son analyse donc, la partie qui poursuit a cherché à protéger certains officiers qui ont joué un rôle lors des évènements. « Ils ont été chassé brutalement » a-t-il soutenu avant de lancer cette accusation : « parce qu’on avait déjà les coupables désignés ». Comme troisième incident majeur, c’est l’attitude du juge d’instruction qui a été relevé par l’avocat du général. Il accuse en effet le juge d’instruction d’avoir mis en place une stratégie qui est d’affaiblir la défense du général. Il explique qu’il a rendu une ordonnance d’irrecevabilité de constitution des conseils étrangers du général.
Sa conclusion à la lumière du développement fait est que cette affaire depuis le début est marquée du sceau de l’iniquité. Poursuivant avec les explications, il est revenu sur l’arrestation du général, la saisie de ses appareilles pour expertise. L’avocat a fait remarquer que quand les conseils du général ont fait citer des témoins, le parquet a refusé de les faire comparaitre parce qu’il a peur que des choses vont ressortir. Au regard de ces faits, il pose la question de savoir ce que l’on veut cacher au peuple en posant des actes qu’il qualifie d’illégaux. S’adressant donc au Tribunal, Me Mathieu Somé déclare : « dans votre dossier il y a de fausses pièces. C’est un faux dossier ». Il indique que c’est un dossier traficoté accompagné d’un tapage médiatique orienté qui a été remis au Tribunal. Convaincu que tout est mis en œuvre pour que le Tribunal condamne le général, il pose la question suivante au premier responsable : « avec la lourde pression qui est sur vos épaules, pouvez-vous juger sereinement ce dossier » ? « Etes-vous assez fou pour acquitter le général Diendéré » a-t-il renchéri. Rappelant que le Tribunal n’est pas là pour sauver l’enquête qui a été mal faite, il affirme : « la construction qu’on vous demande de réaliser n’est pas parfaite, hors la vérité doit être parfaite » a-t-il soutenu.
Le général ne peut pas être condamné pour attentat à la sûreté de l’Etat
C’est ce que pense Me Mathieu Somé qui s’est attelé à le démontrer. D’après lui, le souci de régler les comptes avec les accusés en l’occurrence le général Gilbert Diendéré a totalement détruit la lucidité des juges d’instructions qui se sont trompés dans la qualification des chefs d’accusation. Pour justifier ses propos, l’avocat lit la lettre de renvoi dans laquelle l’on parle de régime légale. Selon lui, ni la Chambre de contrôle, ni le parquet n’ont défini ce que sait qu’un régime légal. D’après lui, c’est quand on renverse un régime légal, qu’on parle d’attentat. Il pose alors la question de savoir si le 16 septembre 2015 il y avait un régime légal ? Répondant par la négation, il revient sur les grands moments de l’insurrection pour terminer avec la prise du pouvoir par le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida et la mise en place de la Transition. A en croire l’homme de droit, la Constitution a été violée pour rédiger la Charte de la Transition. Ceci l’amène à déclarer que le Burkina Faso était assis sur du faux. Soulignant donc que la Charte est en contradiction avec la Constitution, il soutient que le président de la Transition a été désigné sur du faux. Accusant le parquet d’avoir fait des déductions, il confie qu’il n’a pas pu faire ressortir l’élément incriminant son client. S’adressant aux parties civiles, Me Mathieu Somé affirme qu’elles doivent comprendre que leur sort a été confié à des professionnels qui n’ont pas pu qualifier les faits. Il soutient qu’en droit, on doit acquitter en ce moment tout en prenant le soin de relever le fait que cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu d’évènement.
Convaincu que le général Gilbert Diendéré mérite l’acquittement, son conseil invite le président du tribunal à ne pas décider sous la pression. Il lui demande d’avoir de la hauteur afin de rendre un jugement équitable et lui rappelle que demain c’est son nom qui sera cité pour avoir rendu une décision.

Thierry AGBODJAN 

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