Procès des accusés en fuite : 30 ans de prison ferme pour Fatou Diendéré

Aussitôt ouvert, ce mardi 3 septembre 2019, le procès des huit accusés qui se sont soustraits à la justice dans le dossier du putsch manqué du 16 septembre 2015, s’est refermé après qu’ils soient condamnés. Six des accusés parmi lesquels Fatoumata Diendéré, la femme du général Gilbert Diendéré, le colonel Mahamadi Déka, ont été condamnés à 30 ans de prison ferme.

Ils sont huit accusés poursuivis dans le dossier du putsch manqué du 16 septembre 2015 à s’être soustrait à la justice burkinabè. Ils ont été condamnés par contumace par le Tribunal militaire chargé de juger le dossier du putsch ce mardi 3 septembre 2019, 30 ans de prison ferme pour certains, 20 ans et 10 ans pour d’autres. Il s’agit de Fatoumata Diendéré, la femme du général de brigade Gilbert Diendéré considéré comme l’instigateur du coup d’Etat et qui a été condamné à 20 ans de prison ferme, le colonel Mahamadi Déka, Abdoul Karim Traoré de Perfectum Afric, Emile René Kaboré, Alimata Bougouma née Kagoné, Issoufou Zougnoma, Marguerite Kakambéga Téné et Zakaria Songotoi. A l’exception de Zakaria Songotoi qui est poursuivi pour attentat à la sureté de l’Etat, les sept autres sont poursuivis pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat. Tous les huit sont poursuivis pour meurtre, coups et blessures. Issoufou Zougnoma, le colonel Mahamadi Déka et Marguerite Kakambéga Téné sont eux poursuivis égaement pour dégradation volontaire de biens. N’étant présents à l’audience, ils n’ont pas pu se défendre. Le président du Tribunal en évoquant l’article 136 du Code de la justice militaire n’a pas permis à leurs avocats de les défendre. Il ne leur a même pas du tout donné la parole. Statuant donc publiquement par défaut, le Tribunal va après les réquisitions du parquet condamné Diallo Fatoumata Diendéré, le colonel Mahamadi Déka, Abdoul Karim Traoré, Emile René Kaboré, Zakaria Songotoi, Alimata Bougouma née Kagoné à 30 ans de prison de prison ferme au lieu de 20 ans requis par le parquet militaire. Il va condamner Marguerite Kakambéga Téné à 20 ans de prison ferme comme l’a souhaité le procureur militaire dans sa réquisition. Issoufou Zougnoma va lui écoper de 10 ans de prison ferme comme l’a souhaité également le parquet toujours dans sa réquisition.

Les raisons de leur poursuite déclinées par le parquet

Rappelons qu’avant la lecture du verdict, le parquet avant ses réquisitions aussi est revenu sur les raisons pour lesquels le ministère public poursuit les huit prévenus. Commençant par le Colonel Mahamadi Déka, le procureur militaire confie que contrairement aux autres accusés, il a fait l’objet d’une première audition devant le juge d’instruction et a bénéficié d’une liberté conditionnelle. Il explique que c’est à l’issue de cette remise en liberté qu’il s’est soustrait à la justice en quittant le pays. D’après lui, dans les faits, le colonel Mahamadi Déka est cet officier qui était à la manœuvre sur ordre du général Gilbert Diendéré pour mettre fin à l’émission de la radio de la résistance. Il indique que lorsque la radio en question a été retrouvée et enlevée par les éléments du RSP, c’est entre ses mains qu’elle a été entreposée. De même indique-t-il, c’est sur son instruction que les éléments du même RSP se sont retrouvés à Zorgho pour saccager la radio Laafi. Concernant Diallo Fatou Diendéré, le ministère public affirme que lorsque les pièces à conviction ont été portées à la connaissance des justiciables, l’on se rend compte du degré d’implication de cette dernière dans le coup d’Etat. Le procureur explique que dans une écoute téléphonique, lorsqu’elle s’est rendu compte de l’échec du coup, elle a suggéré à son mari le général Diendéré un repli afin de créer une rébellion à Pô. Il soutient également qu’après que son mari lui a dit la peine qu’il encourait c’est-à-dire maximale s’il est poursuivi, elle lui a proposé de s’enfuir avec le capitaine Dao pour le service qu’il leur a rendu. C’est également elle qui a remis 10 millions de francs CFA au lieutenant-colonel Mamadou BAMBA que ce dernier devait partager avec Abdoul Karim Traoré pour la rédaction et la lecture des déclarations du CND.
Emile René Kaboré, selon le parquet militaire, son nom est indissociable à l’ail politique du coup d’Etat. Il explique que c’est entre ses mains que l’argent héliporté de la côte d’Ivoire a été remis. « Les propos de Léonce Koné » le confirme a-t-il soutenu. Poursuivant avec Zakaria Songotoi, il souligne que son nom est apparu parmi ceux des éléments du RSP qui ont orchestré l’enlèvement des autorités de la Transition. Abdoul Karim Traoré, selon les explications fournies par le procureur, il était aux côtés du général Gilbert Diendéré pour la rédaction et l’amendement des déclarations du CND. Si on s’en tient à ses dires, l’une des déclarations a été retrouvée dans son ordinateur. « Il était l’une des têtes pensantes du CND » a-t-il soutenu. Pour ce qui est de Alimata Bougouma née Kagoné, d’après le ministère public, elle faisait partie de ceux qui ont mobilisé les jeunes à la Place des martyres. Il explique qu’à la barre, le prévenu Fayçal Nanéma condamné pour trois ans de prison ferme a confirmé qu’elle leur a donné 500 000 francs CFA pour les encourager à manifester. Il soutient qu’il en est de même également pour Marguerite Kakambéga Téné qui aussi a mobilisé les jeunes. Le dernier, Issoufou Zougnoma, selon le procureur, fait partie des militaires qui ont effectué la descente au domicile de feu Dr Salifou Diallo.
Expliquant pourquoi les huit accusés sont jugés alors qu’ils ne sont pas présents pour se défendre, le procureur militaire déclare que la présente audience obéit à une logique qui est celle du défaut en matière criminelle. Il fait comprendre que les intéressés en fuite, ne peuvent pas bénéficier du principe de contradictoire prévu par la loi.
Rappelons que le procès des fuyards n’aura pas duré deux heures de temps. Après leur condamnation par contumace, le tribunal a annoncé la date du jugement des intérêts civils. Il est prévu pour le mardi 22 octobre 2019 à partir de 9 heures dans la même Salle des banquets faisant office du Tribunal militaire.

Thierry AGBODJAN

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