Procès putsch manqué : Le refrain des accusés ne change pas

Appelé à la barre le lundi 23 juillet 2018 pour répondre des faits d’attentat à la sûreté de l’Etat ; de meurtre et de coups et blessures, le caporal Timboué Touandaba qui a plaidé non coupable, a eu l’occasion de se défendre ce mardi 24 juillet 2018 pour le rôle qu’il a joué lors du coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015. Après lui, les soldats de 1ère classe, Samuel Coulibaly et Hamado Zongo seront également appelés à la barre. Ils ne vont pas eux aussi reconnaitre les faits à eux reprochés.

Lors de l’audience du lundi 23 juillet 2018, le caporal Timboué Touandaba a déclaré ne pas reconnaitre les faits qui luis sont reprochés quand le président du Tribunal lui a cité ses charges à savoir : attentat à la sûreté de l’Etat ; meurtre et coups et blessures sans pouvoir se défendre. L’occasion lui a été donnée lors de l’audience de ce mardi 24 juillet 2018. L’accusé qui était conducteur et faisait partie de la sécurité du président de la Transition a en effet confié que le 16 septembre, il était de garde à la présidence. A l’en croire, aux environs de 13 heures, il était assis avec d’autres conducteurs quand ils ont vu débarquer des éléments armés. Il explique que ces derniers les ont désarmés, avant de les enfermés dans une maisonnette. Il poursuit en indiquant que quelques instants plus tard, l’adjudant-chef Rambo est revenu rouvrir la porte leur ordonner de démarrer les véhicules afin de conduire les autorités arrêtées au palais. C’est ainsi que le président est entré dans son véhicule et moi je conduisais le véhicule de derrière a-t-il affirmé. Il explique que par la suite, il sera affecté précisément le 18 septembre dans la soirée dans l’escorte du général Gilbert Diendéré où il est resté trois jours. Il va confier dans la foulée qu’il n’a jamais été au courant d’un quelconque coup d’Etat en réponse au parquet militaire qui lui a demandé de savoir quand est ce qu’il a appris que c’était un coup d’Etat. Sa réponse au parquet va laisser perplexe les avocats de la partie civile en l’occurrence Me Prosper Farama qui va déclarer : « son attitude me gêne et me fait douter ». Il a alors demandé au prévenu de savoir comment peut-il être désarmé et enfermé, pour qu’il continue toujours de penser que la situation est normale ? A cette interrogation, l’accusé n’a pas souhaité réagir. Partageant le sentiment de son confrère, Me Séraphin Somé va déclarer être surpris des déclarations du prévenu, qu’il juge être de mauvaise foi. Il va plus loin en le soupçonnant d’être tout simplement un complice du coup d’Etat. Le conseil du caporal, Me Kiemtaremboumbou Sylvère ne partageant pas les propos du camp d’en face, va rappeler que son client a été très explicite en relatant tout ce qu’il a vécu.

Le soldat de 1ère classe Samuel Coulibaly a aussi plaidé non coupable

Le second accusé appelé à la barre hier, est le soldat de 1ère classe Samuel Coulibaly. Accusé de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat ; de meurtre ; de coups et blessures et de dégradation volontaire de biens, il a plaidé non coupable. Pour se défendre, il raconte : « le 16 septembre j’étais à Nouna aux côtés de mon enfant malade. C’est le 17 septembre je suis revenu à Ouagadougou car ma permission s’expirait le 16 à minuit. A mon arrivée au camp j’ai été informé que le quartier était consigné. C’est le 18, que le sergent-chef Ali Sanou est venu me chercher à mon poste parce qu’il avait besoin d’un conducteur. Je l’ai amené au Conseil de l’entente. Par la suite, on s’est rendu à Zorgho avec l’équipe de Zerbo Mohamed. Je rappelle que j’ai effectué une autre sortie pour aller chercher du pain pour les pèlerins ». Comme certains avant lui, il va nier n’avoir pas été informé du coup d’Etat. Ses explications n’auront pas convaincu le parquet militaire qui va déclarer que l’accusé a épousé l’esprit du coup d’Etat. Pour justifier sa position, le procureur militaire soulève le fait qu’il a rejoint le camp sans même que ce ne soit ses supérieurs qui l’aient appelé par rapport à d’autres de ses frères d’arme.
Le soldat de 1ère classe Hamado Zongo sur les traces de ses prédécesseurs
Déjà condamné à 120 mois dans le dossier de l’attaque de la poudrière de Yimdi, le soldat de 1ère classe Hamado Zongo était de nouveau à la barre. Poursuivi dans le dossier du putsch manqué, il a aussi déclaré ne pas reconnaitre les faits qui lui sont reprochés. Il s’agit en effet de complicité d’attentat ; de meurtre ; de coups et blessure et de dégradation volontaire de biens. Invité à s’expliquer, le prévenu a indiqué que le 16 septembre, il était dans un maquis à la Patte d’Oie quand un de ses amis civils l’a appelé pour l’informer qu’un coup d’Etat a été perpétré. Si on veut le croire, il est allé se changer en tenue militaire et a rejoint son camp qui était le Conseil de l’entente. Il va confier s’y être resté jusqu’au 17 où il s’est rendu au camp Naaba Koom II avec le sergent-chef Ali Sanou. Poursuivant sa narration, le soldat de 1ère classe va reconnaitre que par la suite, il s’est rendu à Zorgho avec le même Ali Sanou sans savoir ce pourquoi ils s’y rendaient. Il sera pris à contre-pied par le parquet qui va citer ses propos lors de l’instruction pour prouver qu’il était au courant de la mission. Le procureur militaire va en effet indiquer que dans sa déclaration devant le juge, le prévenu a affirmé qu’ils ont procédé à la destruction d’une radio. Bien entendu, l’accusé va confier ne pas se reconnaitre dans ses mots.
C’est donc sur ce refus de reconnaitre la déclaration lu par le procureur militaire, que le président du Tribunal va suspendre l’audience qui va reprendre ce matin avec le soldat de 1ère classe Hamado Zongo toujours à la barre.

Thierry AGBODJAN

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