Procès du putsch manqué: la plaidoirie de Me Pierre Yanogo avocat de la partie civile

“Ce coup visait simplement à confisquer au peuple la nouvelle aire démocratique qu’il a arraché aux prédateurs de sa souveraineté par sa révolution héroïque des 30 et 31 octobre 2014 afin de restaurer l’ordre politique ancien.


Il s’agissait donc de pratiquer un avortement tardif et douloureux sur une transition à terme afin de vider toutes les promesses de démocratie véritable et d’un décollage économique certain qu’elle portait.
Un bref rappel de l’histoire politique de ce pays de 1987 à 2014 est édifiant à ce propos.

En effet, le 15 octobre 1987, par une trahison qui coûte à ce pays et à l’Afrique le sang précieux de son illustre Président et de ses compagnons, qui coûte à notre peuple depuis lors l’ébranlement de ses valeurs sociales et la cassure de son décollage économique, des hommes sans vertu ont décidé, par ce qu’ils ont appelé rectification, de changer, dans le sang, le politiquement bien par le politiquement mal.

Cette rectification qui s’est arrêtée à la Baule pour se parer de quelques accoutrements aux allures démocratiques a imposé au Burkina Faso le pire régime depuis sa constitution en tant qu’Etat, mais aussi, j’en suis certain, dans son avenir car plus personne ne peut imposer encore à ce peuple une férule aussi humiliante et une rapacité aussi vorace comme l’a fait le régime de Blaise Compaoré entre 1987 et 2014.
Au titre des crimes de sang de ce régime, la société militaire a payé de loin le plus lourd tribut. De l’exécution du lieutenant Koama, chef de corps de l’ETIR à Komboinsin à l’exécution de Tuina en passant par les exécutions barbares des éléments de BIA à Koudougou qui dorment désormais dans une fausse commune, de celle de Thomas SANKARA, de Henri ZONGO et de LENGANI Jean Baptiste, … (et la liste est bien longue) des militaires assassinés entre 1987 et 2014.

Mieux, l’avidité envers l’argent et la cupidité a amené ce régime à utiliser nos braves militaires dans du mercenariat d’Etat dans divers pays afin que ceux qui les y envoient encaissent des diamants, des devises et autres biens précieux.

A côté des militaires, les civiles n’ont pas été épargnés.
C’est ainsi que de grands intellectuels, des professeurs d’universités, des hommes politiques, des leaders de la société civile, des journalistes, de simples anonymes parce qu’ayant été témoins malgré eux, d’actes ignobles ont été sauvagement assassinés.

Au plan économique, la situation est aussi pire, toutes les richesses ayant été pillés par une minorité. La patrimonialisation du pouvoir comme l’a rappelé fortement quelqu’un était devenue sans limite.
Et ce beau pays, jadis havre de paix et d’intégrité, a été transformé en une plaque tournante de vente illicite d’armes et où se négocie avec les terroristes les rançons pour la libération des otages.

Et notre pays en paie le plus lourd tribut jusqu’à ce jour.
Contre cette gouvernance criminelle le peuple s’est soulevé.
Déjà en 1998, à la suite de l’assassinat odieux de Norbert ZONGO et ses compagnons, le mouvement trop c’est trop est né, et n’eût été le rôle des grands traitres, le peuple serait venu à bout de cette tyrannie.
C’est au cours de cette lutte que le peuple a obtenu le rétablissement de la limitation constitutionnelle du nombre de mandats présidentiels.

Interprétant l’accalmie ainsi obtenu au prix de l’implication de plusieurs personnes ressources de ce pays comme une victoire de leur ruse sur l’intelligence collective, le régime en place s’est mis à développer divers artifices pour tromper une fois de plus le peuple en sautant, contrairement à ce qui venait d’être acquis, la clause limitative du nombre des mandats présidentiels et instituer, au profit du monarque Compaoré un pouvoir à vie.

C’est contre cette ultime offense que le peuple burkinabè, par une révolution qui n’a rien à envier à celle dont se vantent les grands peuples, s’est levé comme un seul homme contre toute adversité, gaz lacrymogène, citernes d’eau chaude, armes de guerre chars, pour arracher son pouvoir accaparé.
Oui, il appartient à chaque peuple d’écrire son histoire et le peuple burkinabé a écrit la sienne avec honneur depuis la fière volta de ses aïeux avec l’encre du sang de ses fils et filles.

C’est ce qui explique que ce pays n’ait jamais connu de père de la nation, encore moins de pouvoir à vie et autre succession de père en fils au sommet de l’Etat. Son premier président, Maurice Yaméogo et Blaise savent que des voltaïques au burkinabè, ce peuple connait faire le bilan de la gestion économique et politique de son pays.

C’est la raison pour laquelle lorsqu’un confrère de la défense, dressant le bilan du régime Compaoré traite les burkinabè d’ingrats pour avoir chassé Blaise Compaoré en affirmant que quand il venait au Burkina en 1989 Ouagadougou n’était qu’une bourgade et que 20 ans plus tard lors qu’il est revenu c’était une ville bien construite, il sied de lui rappeler que les burkinabè se passent volontiers des bilans des oiseaux migrateurs dont la capacité d’analyse dépendent du nombre des étoiles des hôtels qui les accueillent et de la qualité des liqueurs la volupté des vins et le délice plats importés qui leurs y sont servis.

Le bilan des régimes politiques chez nous se fait par les désœuvrés, les chômeurs, les malades en quête de soins, les déscolarisés, les ayants droit des victimes de crimes politico-militaires dont chacun constitue en lui-même un élément de ce bilan.

Les institutions de la transition, mis en place par le peuple pour enfanter une nouvelle ère politique étaient à la veille de la fin de leur mandat lorsque, à une semaine de l’ouverture de la campagne, le général Diendéré décida de fin à cette transition.

A l’évidence, l’action du général avait deux buts :
Premièrement, corriger, châtier voire éliminer les acteurs majeurs de l’insurrection, ceux-là qui ont osé remettre en cause leur pouvoir. Il ne s’agissait pas du tout d’un coup d’Etat classique qui consiste à arrêter ou à éliminer le président en exercice pour prendre sa place.

Le Général Diendéré l’a dit avec clarté parlant du Président Jean-Baptiste Ouédraogo en indiquant que lui-même sait qu’un coup d’Etat ne se fait pas de cette façon. Que quand eux ils venaient de Pô en 1983 contre lui, il savait ce qui l’attendait et c’est pourquoi il s’est cherché.

Vous comprenez donc Monsieur le Président, pourquoi les autorités de la transition renversées ont été mises dans des salles climatisées pendant que les vrais leaders de l’insurrection étaient recherchés pour être tués, et ces leaders sont clairement identifiés.

Les dirigeants des partis politiques qui ont joué un rôle décisif dans l’avènement de l’insurrection. Le Général Bassolé n’a-t-il pas affirmé qu’ils vont taper et que les Salif vont quitter le pays ? Mieux, dans la fameuse communication entre le général Bassolé et Guillaume SORO, n’est-il pas question de tuer Salifou Diallo et Chérif SY ?

Les leaders de la société civile.
Les éléments du balai citoyen n’ont-ils pas été recherchés pour être assassinés ?
Le peuple insurgé lui-même.
N’est-ce pas lui que les éléments du RSP sont sorti châtier, torturer, tuer ?
N’est-ce pas contre lui qu’ils sont allés chercher du matériel disant de maintien d’ordre au Togo et en Côte d’Ivoire ?

N’est-ce pas contre lui que Fatou Diendéré, Diawara, Djibril Bassolé ont voulu recruté des milliers chiens, des mercenaires et même des djihadistes pour envahir le Faso ?
Deuxièmement, restaurer le pouvoir déchu. La bonne preuve qu’il s’agissait d’un coup en vue de la restauration de l’ancien régime, est l’intense activité des partis de l’ancienne majorité dans ce coup d’Etat avec comme chef de file le CDP.

La plupart des actions importantes de ce coup d’Etat ont été menées conjointement par les éléments du RSP et les militants du CDP et de ses alliés. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à regarder la couleur politique des politiciens civils (car il y a aussi des politiciens militaires) dans le box des accusés !
N’étaient-ils pas ensemble à la place des martyrs ?

N’ont-ils pas mené des missions ensembles, au studio ABAZON, chez Salifou Diallo, à la radio Lafi à Zorgho ?
Les militants du CDP n’ont-ils pas été envoyés par les éléments du RSP pour espionner l’arrivée des troupes loyalistes de l’est ?
N’est-ce pas, nombreux d’entre eux comme Guelwaré Minata, qui sillonnaient la ville pour indiquer les points de ralliement de la population pour que les éléments du RSP viennent les mater, les torturer ?
N’étaient-ce pas les éléments du CDP qui patrouillaient avec les éléments du RSP (Lotta, Faysal et autres) à partir de la place des martyrs ?
Les leaders du CDP n’ont-ils pas distribué de l’argent à leurs militants pour mener des actions en vue de soutenir le coup d’Etat ?
Et les partis de l’ex majorité,
Ne sont-ils pas allez aux premières heures du coup d’Etat apporter leur soutien au général Diendéré et lui demander de l’argent pour accompagner le Coup d’Etat ;
En retour, n’ont-ils pas reçu du général Diendéré l’argent venu des soutiens étrangers à son coup notamment de la Côte-d’Ivoire ;
N’ont-ils pas joué un rôle diplomatique actif, auprès de la CEDEAO, à Ouagadougou comme à Dakar, pour lui demander de valider le Coup d’Etat ?
A-t-on besoin d’autres éléments encore pour montrer que le Coup d’Etat du 16 septembre 2015 a été fait pour restaurer le régime déchu ?
Et si vous en doutez encore, je vous donne deux preuves tirés des propos du Général lui-même et de Léonce Koné :
Léonce koné dans son procès-verbal d’interrogatoire, objet de la pièce I 22 en page 4. Il affirme que la dernière fois qu’il était allé voir le général, c’était pour le consulté afin d’obtenir de EDDY Komboigo qu’il retire sa candidature à la présidentielle afin de permettre au CDP d’aller dans une coalition plus grande avec Kadré Désiré comme candidat.
Voyez-vous un général, qui est censé ne pas faire la politique, qui décide, au-dessus de l’exécutif du CDP de ses choix stratégiques les plus important dont la désignant de son candidat à une élection présidentielle.
Le Général dans sa déposition à la barre a indiqué que pendant qu’il échangeait avec le CMGEA, il a reçu un message qui l’informait que ceux qui avaient exercé un recours contre la loi Chéry Sy ont gagné leur procès à la cour de justice de la CEDEAO à Abuja. Une fois de plus, qu’est-ce qu’un général a à voir avec les résultats d’un procès intenté par un parti politique pour en être informer en temps réel ?
Non ! Monsieur le Président, les choses sont évidentes, les choses sont claires.
Monsieur le Président,
À votre barre a été convoquée la réconciliation nationale.
Oui, on a tout entendu. La société burkinabè a mal à son vivre ensemble. La société est divisée. Il y a trop de rancoeurs … il faut une réconciliation nationale !
D’abord techniquement ces développements résultent d’une confusion sciemment faite. Ceux qui développent es arguments savent très bien que votre juridiction n’est pas une conférence nationale populaire ; oui, comme à chaque fois, ce sont les bourreaux qui crient toujours à la justice transitionnelle, à la réconciliation nationale pour pouvoir échapper à leur responsabilité ; mais ça ne marche pas et ça ne marchera pas ici.
Ensuite, nous sommes les seuls avocats de l’Etat dans cette affaire et nous sommes les seuls à savoir ce que l’Etat veut dans ce dossier. L’Etat veut que justice soit rendue à la société et aux victimes ;
Enfin Monsieur le Président, si la société burkinabè a du mal à sa cohésion, si le malaise est perceptible, s’il y a des rancœurs légitimes, … c’est justement parce que cette société a été pendant longtemps caractérisée par l’impunité. Il vous souvient que dans ce pays, un collectif des partis politiques et des masses a même été créé pour exiger la vérité et la justice. En lieu et place il nous a été servi, au mieux le silence, dans la désinvolture une insultante journée du pardon, avec des jets de colombes qui elles-mêmes ont refusé de voler.
De grâce, gardez nous des discours de réconciliation nationale dans ce dossier.
Aussi, il me parait important de rappeler aux accusés certaines vérités même si elles sont difficiles à accueillir.
Premièrement les juges du tribunal militaire ne sont pas vos ennemis et n’ont rien contre vous. Ils sont contraints, par la loi, de vous juger en fonction des fautes que vous-même avez commises. Et je suis certain que dans votre fort intérieur, chacun sait ce qui a commis comme faute ;
Deuxièmement, le parquet militaire n’est pas votre ennemi. Bien au contraire, pour l’équilibre de la société, ils ont l’obligation de poursuivre les fautifs, grands ou petits, pour qu’ils soient sanctionnés conformément à la loi. Les membres du parquet ne font que leur travail et je crois qu’ils l’ont fait dans ce procès dans le respect des droits des accusés.
Enfin les avocats des parties civiles ne sont pas vos ennemis. Autant vous avez droit à un procès équitable, autant le deuil des parents des victimes doit être respecté.
Vos ennemis, ce sont ceux qui vous ont amené dans les faits répréhensibles ;
Vos ennemis, ce sont ceux qui vous ont utilisés pour des intérêts politiques. Le Général Diendéré bien sûr, mais aussi ses amis politiques affichés et non affichés pour qui et avec qui ce coup a été planifié et perpétré !
Ce sont eux vos ennemis ;
Ce sont eux qui ont ruiné vos vies ;
Ce sont eux qui ont brisé vos carrières ;
Ce sont eux qui ont détruit vos familles ;
Ce sont eux qui ont compromis l’avenir de vos enfants ;
Personne d’autre !
Monsieur le Président,
Vous avez l’enviable honneur de siéger à ce procès historique pour ce pays. Je n’ai aucun doute que vous allez vous acquittez de ce devoir républicain à la hauteur des attentes du peuple au nom de qui et pour qui vous rendrez cette décision.
Jusque-là, vous avez dirigé de main de maître les débats et ce procès a tenu toutes ses promesses.
L’ordre de passage des accusés et des témoins ainsi que l’administration des pièces à conviction, des moins touchants au plus émouvants, ont eu le double effet de mettre en déroute une défense déjà laborieuse et d’édifier le peuple sur les desseins sanguinaires et apocalyptiques de certains accusés tels Fatou Diendéré, le général Djibril Bassolé et la non moins générale Diawara Thérèse, déterminés à recruter des mercenaires pour envahir le pays, pourvu que eux, ils parviennent à leurs fins.
Monsieur le Président, traduits devant vous les accusés se sont débattus comme ils peuvent.
Ils ont développés des exceptions de procédure avec pour seul but d’empêcher principalement que le procès se tienne et subsidiairement afin que les victimes et les burkinabè ne connaissent jamais la vérité dans ce dossier.
Par votre magnanimité, tous ces obstacles ont été levés et l’on a compris tous pourquoi la défense voulait à tout prix éviter le fond. Elle n’a aucun moyen de défense au fond.
Monsieur le Président, Messieurs du tribunal, dans ce dossier, vous n’allez pas seulement rendre une décision de justice, vous allez vous acquitter d’un devoir sacré. Celui, par votre verdict, de refonder l’Etat :
En restituant à l’armée ce que doit être sa place dans une société démocratique ;
En donnant une leçon de bonne conduite aux hommes politiques qui sont prêts à bruler leur pays juste pour assouvir leurs désirs politiques ;
En soulageant la souffrance des victimes.
Bref, en un mot, en réconciliant le pays avec lui-même.
J’ai plaidé, je vous remercie pour votre aimable attention.

L’observateur paalga

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